Florac/Gabriel – Une nouvelle « Trouble »

C’est un matin . Un matin blême. La fraîcheur est de mise. Le tracteur trône au milieu de la cour. Les oies ont l’air inquiet, elles sont bruyantes, ce qui rompt avec la monotonie de ces matins-là. Les réverbères sont encore allumés. La fumée s’échappe d’une cheminée fatiguée. A l’intérieur on devine une vie. Une vie qui s’éveille comme chaque matin du monde. Ils sont autour de la table. Les petits déjeunent. C’est une famille sans bruit, on dit souvent « des taiseux ». Leurs gestes sont mesurés, presque harmonieux. Ils se déplacent lentement, La mère plus souvent. Trois enfants, une fille et deux garçons. Ces derniers ne seraient-il pas des faux-jumeaux ? Ils commencent à gesticuler. Le père, strict, respire profondément. Les enfants se calment. Un geste paternel les invite à quitter la tablée. Il faut préparer les affaires scolaires, glisser l’en-cas dans le cartable. Tout cela après avoir fait les lits. « J’veux une chambre impeccable », gronde t-il encore, comme chaque matin probablement.

Le couple est seul maintenant, lui en bout de table, elle à sa droite. Ils ne se regardent pas. On ne sait pas s’ils vont parler. Rien ne les y oblige. Leurs yeux parlent. Chargés d’angoisse les yeux chez elle. On la comprend. Faut dire. Faut dire qu’elle ne sait pas depuis longtemps. Avait-elle des doutes ? A-t-elle craint pour ses propres enfants ? Laissait-il transparaître une quelconque information qui puisse la troubler ? Était-ce une pulsion et plus horrible était-ce la première fois ? Au fond, l’escalier qui mène aux chambres. Un poêle à bois, des gravures anciennes aux murs, la table de salon massive, réservée aux repas de famille élargie. Ça sent bon le café, ça sent bon la campagne tranquille.

Dehors, on entend un moteur au loin sur l’unique route départementale qui mène au hameau. Lui se raidit, elle mélange ses doigts nerveusement. Ils n’ont toujours rien dit. La lampe allumée à l’entrée, voit s’écraser quelques moustiques sur son globe hypnotique. Ça sent le grillé. Le moteur dehors se fait plus proche, on devine une mécanique bien entretenue, comme dans toutes les armées.

Il sait maintenant que c’est question de minutes, cinq au plus. Il va devoir affronter les faits, s’affronter lui-même. Il ne pourra plus reculer. Poser les valises, vider son intérieur, comme une oie qu’on sacrifie. On a frappé à la porte, elle hésite avant de se lever, puis résignée se hisse lentement. Face à elle, trois gendarmes au regard sévère. Ils le fixent. Il finit par lever les yeux.

Monsieur Daviot, on vient vous chercher, vous savez pourquoi ? Il hoche la tête, endosse sa veste et sans un regard vers elle, s’exécute.

Ils sont partis. A la télé, le journaliste donne son commentaire. « Il s’agit d’une tragédie, répétée à trois reprises cette dernière décennie. Des meurtres d’enfants, noyés dans une mare où vont boire les canards et les oies. »

Gabriel Fallet

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