Treize de der

Treize de der.
Ç’aurait pu être quinze ou vingt-et-un, ou cinquante.
C’est treize de der.
Ce sera à jamais treize de der.
Ce sera. C’est ainsi.
La mort a fauché les suivants.
La volonté de cesser là, d’arrêter tout, au treize, au treizième tour.
Et le treizième tour sera le dernier, le dernier pour la route.
Mais la route vers où, vers quoi ? Par où fuit-on son avenir ?
Vers où emmène-t-on ceux que l’on avait encore dans le gosier, les futurs “der”, précédents le der qu’on croyait de der jusqu’au vrai der de der, qu’on ne devinait pas ? Treize de der.
Ça sent la blague, l’ironie du sort auquel on ne croit pas.
Ils partirent fragiles, sans idée de futur, libres comme ceux qui savent que l’avenir n’appartient à personne.
Dès l’instant que le présent nous échappe, déjà le passé s’impose.
Seul le futur alors importe, dont l’idée nous manquait. Un futur qui nous prend un jour, au présent, et que l’on déclare futur à force de regarder en arrière. Ce futur-là, c’est le treizième, et c’est le treize de der.
C’est dit.
Et comme c’est le dernier, et qu’on ne veut pas mourir, on l’emporte pour la route, ou on le laisse au bord peut-être, pour les suivants, et on tape la route, Jack, jusqu’à ce qu’elle nous avale.

Marlen Sauvage

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