Ecrire sur l’absence

J’ai proposé à un groupe de participants réguliers d’écrire autour du thème de l’absence. Voici les éléments que j’ai évoqués pour cette proposition, le jour J au temps T… Vos textes sont les bienvenus.

Marlen Sauvage. lesateliersdudeluge@orange.fr

Absence

Absence de l’autre, absence aux autres, absence à soi… L’autre absent qui nous parle et nous qui lui répondons. L’autre absent que l’on fustige de nous avoir laissé, là, dans l’abandon de lui, et d’une partie de nous-même que lui seul pouvait révéler. L’autre absent avec lequel le partage était possible. L’absence que l’on impose aux autres en les privant sciemment de notre présence, l’absence que l’on impose aux autres sans le vouloir, par oubli de la présence des autres, au milieu du monde, par aspiration à la solitude, ou pour retrouver un état de soi. L’absence pour une présence à soi. Exister à la place d’un autre, pour ou contre lui (A. Ernaux) ou par la présence absente de cet autre (mort d’un proche) ? La place de l’absence dans l’écriture.

« Le dialogue de l’écriture est le dialogue du silence. Le temps de l’écriture est le temps de l’absence. Le lieu de l’écriture est le lieu de nulle part. » Wadih Saadeh, Le Texte de l’absence et autres poèmes, Sindbad, Actes Sud, 2010, p. 80.

Ce à quoi on peut se référer aussi : le live L’adversaire, d’Emmanuel Carrère, et le film L’emploi du temps de Laurent Cantet (à propos du fait divers où Jean-Claude Romand invente sa vie et finit par éliminer les membres de sa famille. Le film ne se termine pas aussi tragiquement). Ici, il s’agit d’exploiter autrement ce fait divers, sous l’angle de l’absence choisie qui nourrit l’écriture. Des moments de la vie où l’on voudrait s’extraire de soi, pour toucher le vide, le vide en soi, être entre deux mondes. Ne plus rendre de comptes. L’absence volontaire, ou involontaire et à laquelle on ne peut plus échapper. Comme une drogue.

Comment écrire l’absence ?

A la manière de Perec, dans W ou le souvenir d’enfance ? [Editions Denoël, 1975] – L’imaginaire, Gallimard, 2004. Par l’évocation de ce qui n’a pas eu lieu, p. 99, dans un conditionnel où tout est possible. « Moi, j’aurais aimé aider ma mère à débarrasser la table de la cuisine après le dîner. Sur la table, il y aurait eu une toile cirée à petits carreaux bleux …» Par une ponctuation ou une graphie particulière. Des points de suspension dans lesquels le vide se tient ? Des espaces de blanc qui portent en eux l’absence ? Le silence est une des figures de l’absence, il marque les limites du langage et de la représentation. Comment dire ce qui de toutes façons est indicible, autrement qu’en se taisant ?

Ou le dire de façon poétique, comme Aragon dans son « Cantique à Elsa », Les yeux d’Elsa ?,[©Louis Aragon, Paris, 1942] Seghers, 1995, p. 95. Confronter la présence physique de l’autre à l’absence de l’autre endormi. Quel mystère que l’absence du sommeil où l’autre nous échappe tout en étant près de nous ?

Sous forme épistolaire, comme Annie Ernaux, lettre à sa soeur, décédée deux ans avant sa naissance, L’autre fille, Editions NIL, 2011. Ecriture dense, phrases courtes, dépouillées. Texte relativement court, 77 pages. Cette absence souligne une partie de soi que l’on ne voyait pas jusqu’ici. Elle la révèle en creux. Annie Ernaux écrit : « Je n’écris pas parce que tu es morte. Tu es morte pour que j’écrive, ça fait une grande différence ». L’absence devient le moteur de sa vie d’écrivain (renvoie à Saadeh). Et alors, comment écrire ?

« Avant de commencer cette lettre, j’étais dans une forme de tranquillité à l’égard de toi, qui est désormais pulvérisée. De plus en plus, en écrivant, il me semble avancer dans une contrée tourbeuse où il n’y a personne, comme dans les rêves, devoir franchir, entre chaque mot, un espace rempli d’une matière indécise. J’ai l’impression de ne pas avoir de langue pour toi, pour te dire, de ne savoir parler de toi que sur le mode de la négation, du non-être continuel. Tu es hors du langage des sentiments et des émotions. Tu es l’anti-langage. »

Autre lecture : Walter Benjamin, Ecrits autobiographiques, « Journal de mon voyage le long de la Loire »Poche, 2011, pp. 158 et suivantes.

Merci de vos commentaires ou suggestions de lectures pour étayer cette proposition d’écriture autour de l’absence. Marlen Sauvage.

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