La parole est aux personnages, textes d’atelier

Les textes qui suivent répondaient à la suggestion d’écriture « Les mots pour le dire », proposée en atelier bimensuel la semaine dernière. L’intégralité de la proposition se trouve sur ce blog dans la rubrique “Je vous propose”.

« Florac le 9 mars-19h

Monsieur,

Je me permets de vous écrire et de faire intrusion dans votre vie. Je vous prie de bien vouloir pardonner cette démarche audacieuse mais cette lettre je l’ai imaginée tant de fois. Pourquoi aujourd’hui ? Pourquoi ce soir ? Je ne sais. Peut-être à cause du temps qui a passé et de l’urgence à écrire cette lettre avant qu’il ne soit trop tard. Je n’ai jamais eu l’occasion de vous dire ce que je ressentais car j’étais trop jeune et il aurait été irrespectueux de m’adresser ainsi à vous. Je n’avais alors pas conscience de ce qui se passait. Peut-être ne lirez-vous jamais cette lettre. Qu’importe. Par delà le temps et l’espace, ces mots vous parviendront, enfin, je l’espère. Savez-vous quel rôle important et décisif vous avez joué dans ma vie ? Votre influence a été décisive sur le choix de mes études futures. J’attendais nos rencontres quotidiennes avec ferveur car je savais que des portes allaient s’ouvrir et que pour une heure ou deux je quitterais  la réalité routinière et monotone. Avec vous, rien n’était rébarbatif. Tout devenait jeu et plaisir. Vous souvenez-vous de moi ? Je ne pense pas car il y en a eu tant et tant d’autres au fil des années. Qu’importe, l’important est que vous lisiez cette lettre. Moi, je me souviens de votre enthousiasme, de votre voix claire qui résonnait dans cette salle sans âme, de votre passion pour nous faire découvrir des mondes insoupçonnés. Des bribes de phrases se bousculent dans ma tête. « Ils étaient des milliers, ils étaient vingt et cent… Pour faire le portait d’un oiseau… La terre est bleue comme une orange… »

Ne soyez pas désolé, comme vous l’avez écrit, dans mon livre de souvenirs, de m’avoir fait quitté le pays des rêves pour retrouver la triste réalité d’une salle de classe.

Je vous envoie cette lettre en souhaitant qu’elle vous parvienne et qu’il ne soit pas trop tard.

Bien respectueusement,

 Mathilde Dupuis « 

Liliane Paffoni

« Madame S.,

De toutes les enseignantes que j’ai eues dans ma vie, vous êtes bien toujours la première qui me vient à l’esprit. Une des plus anciennes aussi puisque je vous ai connue lorsque j’avais 5-6 ans, en Classe Préparatoire, ma première classe de « grands ».

A bien y réfléchir, je pense que c’était une des premières classes dans cette école-là, une école privée catholique où mes parents, pourtant non croyants, avaient décidé de m’envoyer, enfin de nous envoyer mon frère aîné et moi-même. Tout près du quartier populaire où ma mère avait créé sa boutique de prêt-à-porter.

Une période faste et heureuse pour moi, pour nous. Ce doit être une autre raison pour laquelle je vous ai gravée dans ma mémoire.

Je vous revois encore, grande, mince, élégante, avec vos cheveux blonds, mi-longs et vos larges lunettes, à la mode dans les années 80. Vous portiez un nom aux consonances méditerranéennes, hispaniques ou italiennes, je ne sais pas. A l’époque, je ne me posais pas la question.

Je me rappelle encore précisément vos leçons d’apprentissage de la lecture et de l’écriture. Assise au sol avec nous, dans le coin gauche, à l’avant de la classe, vous nous ouvriez le monde jour après jour, vous nous faisiez découvrir les lettres et les chiffres aussi. Je ne le savais pas encore, mais c’était pour moi les premiers pas vers la liberté, vers un monde qui allait m’être salutaire dans les épreuves douloureuses qui feraient ma vie, quelques années plus tard.

Je me rappelle aussi le lavabo au fond de la grande classe où vous nous appreniez à nous laver les mains, plusieurs fois par jour. J’avais bien dû l’apprendre avant mais pas avec autant de ferveur et de conviction que cette année-là.

Cette année où je suis arrivée un beau matin, après le retentissement de la cloche, accompagnée de ma maman, avec la jambe dans le plâtre. Une banale chute dans une flaque d’eau devant chez moi ! Tous les regards tournés vers moi. Je me sentais à la fois fière et embarrassée. Chacun attendait que je raconte. Trois semaines plus tard, tout un tas de dessins et de signatures recouvraient mon plâtre. Comme une sorte de bizutage, de rituel de marquage, de passage. Passage d’un état à l’autre. Passage à l’état de « grande » et de grande sœur aussi.

Vous attendiez un bébé comme ma maman d’ailleurs.

Mon petit frère est né au mois de mars. J’allais enfin pouvoir pouponner à mon tour, tout en lisant et relisant « Martine petite maman »…

Un petit ange est né. Un îlot de bonheur, une plage de répit avant la tempête des années suivantes.

Et votre ange à vous, était-ce un garçon ou une fille ? Quel âge a-t-il à présent ? L’âge de mon frère j’imagine… Que fait-il ? A-t-il des frères et sœurs ? En êtes-vous fière ? Vous rend-il heureuse ?

Merci Madame S. de m’avoir donné le goût d’apprendre. Merci d’avoir marqué mes souvenirs de cette « belle époque.

Iris V.”

« Olivia,

Car si tu étais née, c’est bien ainsi que j’aurais souhaité que tu t’appelles.

Tu serais née 3 ans après moi, j’aurais été ta grande sœur, ta confidente, ta meilleure amie, ton ennemie peut-être aussi parfois.

Grâce à toi, je ne me serais jamais sentie seule dans les épreuves douloureuses qui ont fait ma vie, quelques années plus tard.

Mais tu aurais souffert aussi ? Je n’aurais pas supporté cela. Je t’aurais protégée, consolée toujours.

J’aurais même partagé ma chambre avec toi, pour ne plus avoir peur les soirs d’orage. J’aurais même partagé mon lit aussi si tu me l’avais demandé.

Olivia ma petite sœur,

A deux, nous aurions été plus fortes pour affronter le monde, pour supporter les manques, les deuils, la misère.

Je t’aurais raconté des histoires le soir en te montrant les illustrations sur les livres. Pour toi, j’aurais même pu en inventer. J’aurais continué à te lire des récits même après que tu aies appris toi-même à lire et à écrire.

J’aurais joué à la maîtresse et tu aurais été mon élève.

Ensemble, contre nos frères, bourrus, nous aurions été unies. Ensemble, nous nous serions baladées dans le quartier de notre enfance. Je t’aurais montré les coins et les recoins de notre petit univers, nos petites rues aux noms de fleurs.

Avec toi, j’aurais osé m’aventurer au-delà du portail toujours ouvert de la « dame au chats ».

Avec toi aussi, je serais entrée dans la librairie de l’avenue pour acheter des bonbons et des magazines de filles.

Tu m’aurais aidée, par ta seule présence, à me sentir utile, moins timide et plus sûre de moi.

Car tout ce que je savais, je te l’aurais appris. Et tu aurais bu mes paroles comme on boit du p’tit lait.

Dans la cour de récréation de l’école, nous nous serions retrouvées pour jouer ensemble, à l’élastique ou à la corde à sauter. J’aurais empêché quiconque de te faire du mal, de se moquer de toi, de cette tache foncée à côté de ton œil droit, cette petite tâche en forme de trèfle. Tu aurais été mon porte-bonheur. Tu aurais été brune aux yeux verts afin que nous ne nous ressemblions pas. Nos différences auraient fait la richesse de notre relation, l’intensité de nos conflits aussi.

En langage de sœurs, nous aurions pu échanger nos vécus, nos émotions, nos joies, nos peines, face à l’adversité.

Olivia, ma petite sœur,

Parfois, quand je pense à ce bébé mort dans le ventre de ma mère, ce petit être dont je n’ai que très vaguement entendu parler, je me demande… Etait-ce un garçon ou une fille ? On aurait au moins pu nous dire cela ! Et je me dis que ce devait être une fille,

Olivia ma petite sœur.

Iris »

« Madame ou Mademoiselle,

Je ne sais pas. Je ne vous ai jamais vue mais votre univers me faisait plutôt penser que vous étiez une demoiselle. Une dame d’une soixantaine d’années, aux cheveux grisonnants et aux vêtements toujours sombres.

J’ai entendu parler de vous par le voisinage seulement. Quelques remarques acerbes concernant votre « drôle » de mode de vie. Ou encore ces phrases assassines au sujet de l’état de délabrement de votre grande maison.

Cette maison recouverte de lierre, ressemblait pour moi à un château. En imaginant l’intérieur, j’y voyais une dizaine de pièces au moins et je me demandais à quoi pouvait bien être utilisé tout cet espace par une vieille dame toute seule.

Ah non ! Pas toute seule… J’oubliais tous les chats. Ceux-là, je n’ai jamais pu les dénombrer tant il y en avait.

J’avais un chat lorsque j’étais enfant qui s’appelait Rouky car il était roux évidemment ! Un jour, il a disparu. Nous l’avons cherché dans tout le quartier, en vain. Je me dis aujourd’hui que peut-être était-ce vous qui l’aviez appâté avec toutes ces petites coupelles remplies de friandises placées devant la grande porte d’entrée brune de cette grande maison. Je préfère cette version finalement plutôt que de l’avoir imaginé gisant sur le coin d’un trottoir, écrasé par un véhicule, sur la grande avenue inhumaine toute proche ; pauvre petit animal sans défense.

Mais tous ces chats, tout de même… Manquiez-vous à ce point de compagnie ? Non, le chat est un animal sauvage, solitaire, indépendant, ce n’est pas de la compagnie que vous recherchiez. Etait-ce sinon un message adressé aux autres, tous les autres ? Un message qui aurait dit : « Laissez-moi tranquille. Je n’ai besoin de personne, je suis déjà bien entourée. Et puis, d’abord, je fais ce que je veux et je vous em….. !! »

Parce que c’est bien connu, les gens comme vous, ça dérange. Quelqu’un qui ne sort pas de chez lui, dont on devine juste l’ombre flottante derrière les carreaux jaunis des fenêtres, ça fait jaser.

Peut-être étiez-vous une sorte de sorcière, passant vos journées à préparer des décoctions pour quelque client averti ?

Ou bien étiez-vous seule quand même ? Veuve, n’ayant pas pu avoir d’enfant ou bien vos enfants étaient-ils partis habiter loin, de l’autre côté de l’Atlantique, loin de vous et de vos lubies ?

Peut-être enfin que vous n’avez tout simplement jamais rencontré l’âme sœur, celui qu’on trouve dans les romans, fidèle et amoureux jusqu’à la moelle ?

Madame ou Mademoiselle, maintes fois je suis passée près de votre portail toujours ouvert sans jamais oser entrer, croyez-vous que j’ai bien fait ? A nous deux, n’aurions-nous pas été moins seules ?

Iris V. »

« Je vous ai aperçu quelques instants seulement par la porte entrouverte. Une erreur
sur l’adresse. Non, vous n’avez pas d’évier bouché, pas plus de lavabo, bref aucun problème de plomberie. Mieux valait que je m’adresse en bas à la concierge pour savoir où habitait réellement cette mademoiselle Valérie car vous veniez seulement d’emménager quelques jours auparavant dans l’immeuble. Et vous vous appelez Clémentine.

Je vous ai à peine aperçue quelques instants par la porte entrouverte de votre appartement, mais ce soir, seul chez moi, rompant le silence ordinaire, j’ai envie de vous dire « tu ». Je sais bien que je n’aurai jamais le courage de grimper à nouveau les escaliers qui mènent à votre appartement, que si je me retrouvais devant vous par hasard, je n’aurai jamais l’audace de vous dire « tu ».  Seul ici, dans cet appartement, c’est différent. Je ne parle que très peu avec les gens, seulement les mots nécessaires avec les clients.
La boulangère, en bas de ma rue, me regarde toujours d’un air ahuri, quand le matin, je lui passe commande, réussissant seulement à articuler le mot baguette. Les jours les meilleurs, mais ces jours-là, Clémentine se comptent sur les doigts de la main, j’arrive péniblement à rajouter « s’il vous plaît ».

Personne ne m’a jamais appris à parler. Mon père était absent et ma mère bien trop occupée. Et en vivant seul ici, dans cet appartement, j’en ai à peine l’utilité. Je réponds rarement quand on frappe à ma porte. Je ne vois pas qui viendrait me rendre visite.
Je n’ai pas d’amis et je n’ai aucune envie de répondre aux sollicitations des démarcheurs en tous genres. Une chaise, une assiette, une fourchette, une cuillère, un lit simple, reprenant le flambeau de la tradition familiale, je n’ai jamais invité personne.

Avec vous, quelques regards seulement et je sais que les choses pourraient être différentes. Et d’ailleurs, y-a-t-il vraiment besoin de mots pour se comprendre, Clémentine ?

Je vous propose quelque chose qui pourrait vous amuser, une sorte de test en réalité.
Je n’enverrai jamais cette lettre, je vous l’ai dit, je n’ai aucun courage. Mais ce n’est pas votre cas, j’en suis sûr. Force, tendresse, je l’ai lue dans vos yeux et vous propose de me répondre. »

Marie Vincent

Cher Pierre,

J’ai, bien sûr, de tes nouvelles, je sais que tu vas bien. Mais je ne sais plus grand’chose de toi, de tes envies, de tes passions. Tu grandis, tu changes, tu as d’autres amis, tu étudies avec de bons résultats et j’en suis heureux. Je te vois peu, et nous ne faisons plus rien ensemble. Bientôt, tu partiras tout seul en voyage, ou avec des copains et nous nous verrons encore moins.

Tu sais que j’ai la passion des trains depuis mon enfance. Et j’ai bien compris que tu ne partages pas tellement cette passion. Si tu as le temps de venir à la maison, tu verras que j’ai perfectionné le circuit que tu as connu. J’ai fait un travail de décorateur et même d’artiste en créant de nouveaux itinéraires… Tout est automatique, les rails se chevauchent, les ponts se lèvent, les tunnels débouchent sur des paysages de forêts et de ruisseaux. Il y a les sons, et il y a la musique. J’ai créé des villages, une église, des clôtures autour des prés. J’y ai même mis des vaches et des moutons. Mon circuit raconte toute une histoire… J’aurais aimé que tu puisses m’aider, toi qui étais si doué de tes mains.
Tu créais, toi aussi, de toutes pièces des espaces avec des bouts de bois – tu te rappelles les « Kapla », c’étaient tes jouets préférés. Je pensais même que tu finirais architecte tant j’admirais ce que tu étais capable d’inventer.

Puisque tu es très occupé cette année, et que nous n’aurons que peu de temps à passer ensemble, j’aimerais te proposer un voyage en train, tu choisiras la destination… Londres, peut-être par l’Eurotunnel, ou le Thalys vers Amsterdam, nous pourrions découvrir ensemble ces villes passionnantes…

Si nous n’arrivons pas à trouver une date qui nous convienne, je te proposerai de partir seul, à l’aventure. Je t’achèterai la carte Europe qui est vraiment intéressante pour un jeune homme. Tu prends le train vers une ville choisie, tu t’y arrêtes un moment pour visiter, tu remontes dans le train et tu continues jusqu’à ta prochaine envie. Pendant un mois, tu pourras sillonner l’Europe selon ton inspiration du moment…

Peut-être que ce voyage, cette ambiance de liberté te feront comprendre un peu mieux mon amour des trains ; des TGV, ou des tortillards, célèbres pour les paysages qu’ils traversent, mais aussi  pour le décor original de leurs wagons, rouges, jaunes, à étoiles ou à fleurs, et pour leurs noms exotiques comme « la Salamandre » ou « le Cerbère ».

Peut-être que nous pourrions ainsi nous retrouver à nouveau autour de ce monde si particulier et passionnant qui fait partie de ma vie et de mes rêves ?

J’attends ta réponse pour aviser…

Monika Espinasse

Pour les textes qui suivent, la proposition portait sur la voix que l’on pouvait prêter à un personnage créé en atelier, de façon assez sommaire, par un compagnon d’écriture.

Entre la vie et la mort
Du moins, c’était l’impression que je donnais car sous mes yeux clos, mon front détendu, s’était engagé un monologue venu d’un autre temps.
Aminata, Aminata, cela fait si longtemps que je n’ai pas entendu ta voix, ta voix douce qui me berçait pendant els longues siestes languissantes sous le néré.Aminata et la chaleur de ses immenses feux de brousse qui nous servaient de repères lorsque nous nous étions égarés dans le silence, la torpeur de la nuit.
Jusqu’à ce jour de fracas, Aminata, moi qui n’aime ni le bruit ni l’action. Je n’ai pas été assez rapide Aminata pour t’arracher à eux. J’étais pourtant là, à quelques mètres seulement quand ils ont bondi sur toi, à la faveur d’une corvée de bois. Ils ne m’avaient pas vu et j’ai reculé Aminata, pour me cacher. La voix étreinte par notre secret, je n’ai pas crié assez fort pour alerter le village. Cela ne me ressemblait pas Aminata. Et cela ne me ressemble toujours pas, de ne penser qu’à moi.
Seul, étranger, ne parlant pas votre langue, sous un soleil devenu menaçant, j’avais peur Aminata. Je les ai vus là, rassemblés dans le secret de la brousse, prêts à te faire subir ce rite atroce. Et je n’ai rien fait. Je vous avais suivi après ta capture, mais je tremblais, caché derrière un maigre buisson.
Je t’ai vu qui te débattais, essayant de griffer, essayant de mordre jusqu’à ce qu’ils t’attachent les mains dans le dos, qu’ils te recouvrent les yeux d’un grand foulard et commencent à te dévêtir. Tu t’es alors recroquevillée, Aminata, mais tu n’as pas réussi à leur cacher ton ventre trop rond.
Se détournant des gestes rituels, ils t’observaient, observaient le ventre qui n’était plus celui d’une adolescente, plutôt celui d’une mère au début de sa floraison. Et toi, tu ne faisais plus un geste, tu retenais ton souffle ou bien l’avais-tu déjà perdu. Ton souffle, ce bébé, notre enfant, métisse, bâtard, illégitime, dont ils venaient de découvrir l’existence au moment même de pratiquer sur toi, le rite de l’excision. Cette nouvelle qui, tombant de ta bouche, quelques jours auparavant, m’avait arraché des cris de joie.
Je t’ai si longtemps cru perdue à jamais. J’ai mis tant de temps à reconstruire, à mille lieues de là, des habitudes tristes et ennuyeuses, les seules pourtant auxquelles me raccrocher de façon à rester en vie. Et voilà que le son de ta voix vient de briser tout cela. Mais je ne puis rien te dire, seulement simuler la mort, éternellement coupable d’une lâcheté sans nom.

Marie Vincent

New York !

Je ne sais pas pourquoi ils m’ont choisi, mais je suis ravi, positivement ravi. New York ! Quelle ville démente ! J’espère que le congrès ne me prendra pas trop de temps. Je vais aller me promener sur les avenues les plus célèbres du monde, suivre la trace de mes écrivains préférés, de mes feuilletons favoris. A moi, Manhattan, les tours les plus hautes, les néons agressifs avec leurs réclames colorées, les taxis jaunes qui m’amèneront jusqu’à Broadway voir un de ces spectacles formidables, les cafés américains, Central Park, ses arbres et ses joggeurs, la statue de la liberté et une traversée de la baie en bateau…Quels bons plans en perspective !

Bon, pour y aller, il faut prendre l’avion, je n’aime pas trop ça, j’en ai même horreur, avec tous ces accidents qui arrivent et qui ne laissent aucune chance…Et puis six heures de voyage sans trop bouger, coincé dans le fauteuil, le décalage horaire à l’arrivée et encore plus au retour ! Cela ne me plait pas, mais pas du tout ! Mais refuser ? Ce serait dommage, c’est quand même une sacrée occasion ! New York !

Bof, je prendrai mon courage à deux mains, je regarderai les jolies hôtesses de l’air pour me remonter le moral, je prendrai un comprimé ou deux pour me calmer, et vogue la galère… ou plutôt s’envole l’avion…New York ! Quand même ! C’est super !

Monika Espinasse

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