Les gens du GEM…

J’ai animé cette année des ateliers au GEM de Mende, une structure d’accueil de jour où viennent des personnes fragiles. J’ai découvert des personnes authentiques, qui ne “trichent” pas, qui ne sont qu’elles-mêmes, avec leurs angoisses, leur sincérité, leurs émotions à vif, et dans leur écriture la même authenticité. Une écriture qui ne s’embarrasse de rien…

L’idée était de « faire écrire » le groupe de 8 à 10 personnes chaque semaine, sur le thème de l’attente, en lien avec un atelier théâtre conduit par Serge Lacan, qui a créé la compagnie Un, deux, trois, Soleil !

Mais j’ai tourné autour du pot, longtemps, le temps de nous apprivoiser, car pour ces personnes habituées à « leur » animatrice (Stéphanie), écrire avec une inconnue était une mise à nu difficile. Avant d’écrire sur l’attente, nous avons écrit à partir de beaucoup d’autres propositions, histoire de nous connaître mieux. Et nous nous sommes apprivoisés…

Quelques textes :

« A toi mon ami, je raconterais mes secrets, je te ferais confiance, je ne les dirais à personne d’autre, tu ne les répèterais pas. Tu te souviens de ces jouets que nous avions pris et cachés dans un placard alors qu’ils étaient destinés à d’autres enfants ? Tu te souviens de l’éducateur qui avait découvert ces jouets et qui nous les avait retirés en nous disant que c’était mal de faire ça ? Cette bêtise nous avait rendus complices. Nous savions que nous serions punis si nous recommencions. Nous avions douze ans. Nous nous sommes revus mais ce n’était plus comme avant. Chacun sa vie. »

« Un vélo. De couleur verte. C’était un demi-course. La première fois que j’en ai fait, je tombais avec et je n’arrivais pas à tenir l’équilibre. Et à force, j’ai réussi à tenir l’équilibre. Après plusieurs jours, j’arrivais à en faire et à tenir dessus. C’est un vélo que j’ai laissé à Nîmes. »

« Une montre. Ça m’a plu, je l’ai achetée. Baromètre. Altimètre. L’heure. La date. Noire et verte. Elle se recharge avec le soleil. Je la porte tout le temps au poignet. »

« Un karting. C’est un jouet à pédales. C’était dans un centre. Le jour de Noël. Je m’amusais à en faire dans les descentes. Comme un fou. »

« G. est un gars long, fin avec de grands bras. Parfois, sa démarche est un peu bancale, un peu tordue, c’est quand il a mal aux articulations. Sa tête est longue, dégarnie, il cache souvent son front sous une casquette, rouge de préférence même s’il en a d’autres couleurs. Les lunettes rectangulaires lui donnent un air sérieux mais à peine on l’observe un peu plus qu’on voit très vite apparaître un large sourire en travers de son visage. Le rire éclate souvent, G. est un gars tout en émotions. Parfois, ses yeux clairs brillent, son sourire se cache… une mauvaise idée vient de lui passer par la tête. Balayons-là très vite, le rire reprend, G. se met à bouger, à danser, mais non ce n’est plus G., c’est Michaël (Jackson) ! »

« Et vous les écoutez, cognant leurs têtes chauves.
Mon grand théâtre, mon havre, mon âtre.
Et dans l’infinie végétation transparente sur cet arbre ont poussé des chiffons et des fleurs.
En souvenir d’un fauve au ralenti mal dompté de chaque côté de sa tête
je disais donc que toute poésie est l’être qui entraîne le savoir
fameux dimanche en quilles rouges. »
« Il a des oreilles un peu pointues, un visage rond, un regard sérieux, aux yeux bleu-gris. Il a une petite bouche Il a le teint clair et des cheveux châtains foncé coupés court. C’est quelqu’un d’assez costaud. Habillé d’un jean bleu marine, d’un sweat-shirt gris foncé et d’une chemise bleu clair dont on ne voit que le col. Il sait bien s’exprimer. Il a l’air sympa et observateur. »

« L’atelier expressif démarre en retard. On attend le groupe de Marvejols. Des gens manquaient à l’appel. L’un d’entre eux n’a pas pu démarrer sa voiture. Il faisait trop froid. Sa voiture lui dit qu’elle refusait de démarrer.
Mon rendez-vous médical du 28 mars vient d’être reporté au 25 avril. Mon médecin a d’autres patients à rencontrer ce jour-là. »

« J’attends un courrier important qui n’arrive pas. Je surveille ma boîte aux lettres. « Tu vas recevoir ton courrier Il faut attendre. Sois pas pressé comme ça. Arrête de m’ouvrir sans arrêt, je vais attraper froid. »

« Je passe devant le petit Casino. « Tiens j’ai oublié d’acheter des bananes et des oranges. » Je rentre dans le Casino et je me dis mince, c’est à l’entrée du magasin les bananes et les oranges. Je ressors du magasin pour rerentrer et prendre mes oranges et mes bananes. »

« Un matin je me lève pour aller au GEM. Pour partir avec le groupe de Mende jusqu’à Marvejols. On est invité à manger sur Marvejols. On glisse sur une plaque de verglas sur le bas-côté. On aura du retard pou rêtre à midi au GEM de Marvejols. »

« D’un âge mûr de fin de quarantaine ou début de cinquantaine, vêtu de manière simple et détendue, D. est un homme discret et réservé, manifestant même une certaine timidité. De taille moyenne, cheveux grisonnants, légèrement dégarni, moustachu aux yeux clair, regard profond, mais bien souvent dirigé vers le bas, tête baissée, tout semble traduire chez lui une vie marquée et chargée d’années de lourds fardeaux. »

« Je partais à la mer sur le dos de Jola à travers les champs, les vignes et les dunes, nous galopions, ses sabots s’enfonçant dans le sable humide d’eau salée de « notre Méditerranée ». Jola était belle crins au vent, flamboyante sous le soleil qui amplifiait sa rousseur. »

« Aux portes du Sahara, Jules, le photographe, prenait des clichés, caché derrière un mur. S’il s’était fait prendre par la garde, il aurait été fait prisonnier de guerre, et son appareil photo détruit pour éliminer les preuves du désastre qui se passait dans cette région désertique en surface.
Les dirigeants savaient que le sous-sol du désert était bondé de pétrole et, au détriment de la population et de la survie des hommes, tuaient, frappaient et enchaînaient les innocents qui défendaient leurs terres. Caroline, une jeune prêcheuse, passait dans les prisons donner à manger aux prisonniers pendus par les bras et les jambes.
Elle avait peur mais il le fallait. Il en va de la survie, leur disait-elle. Il en va de ta survie ! Il y avait trop peu de gens comme elles, trop peu aussi de photographes pour dénoncer ces abominations. »

Posté dans GEM

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