Le motif (Le carnet vert, suite)

C’était des mocassins marron au cuir déformé. Le gauche surtout s’élargissait sur l’extérieur comme si le pied en avait repoussé les bords pour mieux respirer. Dedans, la semelle affinée par le poids du corps s’était soulevée presque au centre, témoignant d’un déchaussage hâtif, quand on ne délace pas même ses souliers et que, appuyé sur le chambranle d’une porte, ou à même un mur, on les quitte tout en parlant ou en regardant ailleurs. Ces chaussures-là souffraient d’autant de négligence que d’abandon. On ne s’était pas même demandé pourquoi on les avait laissées là, ni s’il fallait les emporter avec soi dans la noyade, on les avait oubliées sur la berge tel un fardeau et puis c’est tout.

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