Le carnet vert (une non-suite)

Dans le carnet vert de 2002 s’amorce une autre histoire, délaissée, comme celle de Jean Poltron. Elle a précédé la mort du chat.

Elle descendait la route, le chat noir attaché à ses pas. Parfois, il filait entre ses jambes, la déséquilibrant. Elle le grondait. Elle prit à droite, le chemin de rocaille et de bruyère qui s’enfonçait dans les chênes verts. Devant elle la vallée se parait des couleurs du soir. Il n’était que quatre heures pourtant le ciel rosissait déjà, les maisons fumaient, le vert tendre des terrasses virait au sombre. Un jardin clôturé donnait encore quelques salades et des poireaux. Les trois arbres fruitiers qu’elle ne sut formellement identifier jetaient leurs branches dénudées en tous sens, elle pensa qu’ils auraient besoin d’une bonne taille.
Dans l’un deux, une bouteille en plastique s’agitait au vent.
Elle marchait d’un pas alerte évitant les ornières, guettant la course du chat à ses côtés, il grimpait sur les lauzes étagées en bordure du chemin, ondulant de sa démarche féline. Les bruyères fleurissaient encore par endroits, d’un violet clair, les plus anciennes à moins que ce ne fut une autre variété ne portaient plus que des couleurs rose pâle. Elle aimait toutes les bruyères. Au premier virage, elle aperçut un câble noir surgi de nulle part. Elle imagina une alimentation électrique sauvage et s’attendait à tout instant à découvrir une cabane de pierres au toit de lauzes, ou même une caravane abritée des regards. Le chat s’approchait du câble, le longeait, sautait par dessus. Elle ne savait où descendait le chemin, elle poursuivait pourtant, pensant au retour et à la montée bien plus fastidieuse. Après trois quarts d’heure de marche, le chat d’habitude si fringant s’attarda, miaulant de plus en plus gravement. Elle l’encouragea à avancer par des claquements de langue. Elle pensa que peut-être les bogues de châtaignes lui blessaient les pattes et entreprit de le porter. Il ronronna immédiatement, la tête oscillant d’avant en arrière au rythme de ses pas. Elle lui parla doucement enfouissant son visage dans la fourrure chaude. Le soir tombait maintenant et la température avait baissé sans qu’elle y ait pris garde, le froid lui pinçait les oreilles. Elle reposa le chat à terre, il était lourd. Il la suivit comme à contrecœur, miaulant à intervalles réguliers. Elle percevait le bruit clair du gardon un peu plus bas dans la vallée. Quelques pins maritimes avaient poussé à ras de terre de ce côté du chemin, comme pour aller chercher la lumière dans les méandres de la végétation. Elle surprit une voiture blanche sur l’autre versant, le son du moteur lui parvenait légèrement décalé. Cette présence humaine la rassura. C’est au moment de reprendre sa route qu’elle l’aperçut, près d’une bâche bleue qui recouvrait des troncs séchés. Le fil de laine rouge perçait la pénombre, coincé sous un morceau de schiste luisant. Elle courut jusqu’à la route perdue dans ses pensées, le chat toujours sur ses talons.

Quelques jours plus tard, le matou reposait dans son panier, inerte, atteint d’un mal non identifié. C’était un jeune chat au poil brillant pourtant. Peut-être est-ce pour cela que l’histoire s’arrête là.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

w

Connexion à %s