Journal d’un corps, Daniel Pennac/Manu Larcenet

Terminé le Journal d’un corps, de Daniel Pennac, illustré par Manu Larcenet, ce 29 décembre 2013…

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Absolument captivant. Une écriture drôle, émouvante, convaincante. Nous sommes tous ce corps qu’évoque Pennac, genre mis à part, et le parti pris tenu de bout en bout donne envie de lire la même chose du point de vue d’une femme. Ce que le narrateur souhaiterait, dit-il dans son journal du 10 janvier 1974.

Ponctué de Notes à Lison, le journal traverse soixante-quatorze ans de la vie de son narrateur avec quelques interruptions dues à la guerre, à l’énergie que réclame son ascension sociale, à des deuils…

Ma note préférée reste celle-ci :

« Ta mère sortant de la bibliothèque : l’ondoiement de son corps entre le battant de la porte et le pan de la bibliothèque.
Je peux bien l’avouer aujourd’hui, si je n’ai jamais voulu déplacer ce meuble, c’est pour jouir de ce mouvement félin. (Un félin de quatre-vingt-six ans, tu te rends compte, ma fille, dans quel état d’hypnose Mona m’aura flanqué !). Je m’avise tout à coup qu’un journal intime aurait donné une tout autre image de notre couple. (…) Le point de vue du corps est tout autre. J’ai aimé le sien jusqu’à la célébration. Si les décennies ont tout de même eu raison de notre sexualité, ce qui est resté de Mona en Mona n’a cessé de me ravir. Dès son apparition dans ma vie j’ai cultivé l’art de la regarder. Pas seulement de la voir, mais de la regarder. Provoquer son sourire pour son éblouissante soudaineté, la suivre dans la rue à son insu pour l’imperceptible lévitation de sa démarche, la regarder rêver quand elle s’abîmait dans certaines tâches répétitives, contempler sa main posée sur un accoudoir, la courbe de sa nuque ployée sur une lecture, la blancheur de sa peau que rosissait à peine la chaleur du bain, la griffure des premières rides au coin de ses paupières, ses rides verticales elles-mêmes, l’âge venu, comme la saisie en quelques traits du souvenir d’un chef-d’œuvre.
Bref, quand j’aurai cassé ma pipe, vous pourrez élargir le passage entre la porte et la bibliothèque. »

Journal d’un corps, Daniel Pennac, illustré par Manu Larcenet, Futuropolis 2013, Gallimard 2012.

(PS : Merci Pêche et Carine !)

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