Haute mer

Vendredi, jour du poisson donc.

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Je le cherchais dans la brume, il m’attendait sur la jetée, les bras grands ouverts ; je ne distinguais que son sourire vague, je devinais son regard sombre, et j’avançais vers lui comme un bateau qui rentre au port, encore libre de toute amarre… Il m’étreignit furtivement, m’entraînant aussitôt dans les flancs du yacht, étourdie par le flot de baisers dont il m’assaillait et que je lui rendais à bouche que veux-tu, ondulant de conserve sur la crête du plaisir. Parvenus dans le grand hall d’entrée, il me déshabilla avec la même ardeur et me laissa nue, debout sur le parquet flottant, les pieds dans mes escarpins à talons hauts. Je fermais les yeux à sa demande péremptoire. Il était si autoritaire, sa voix si houleuse, je l’aimais aussi pour cela. Je sentis sur ma peau glisser la forme froide d’une robe que je me souvenais à l’instant seulement avoir aperçue sur le porte-manteau entre deux baisers. Je tentai de crier tant le contact était visqueux et humide, mais aucun son ne sortit de ma bouche. Je le regardais désormais d’un œil sans paupière.

Image © Marc Guerra, Des poissons et des femmes, ≠3

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