Maquereaux et crinolines

Marc-Guerra-DPDF35

Tout de suite, j’ai pensé à Proust (que je relis en ce moment, ceci expliquant sans doute cela, car rien dans cette image en réalité ne me le rappelle après réflexion, d’autant que ce n’est pas le poisson qu’il aimait déguster, d’ailleurs me demandais-je illico, mangeait-on du maquereau au début du siècle dernier dans la classe sociale qui était celle de l’écrivain ? j’en doute) m’étonnant de l’importance de la nourriture dans La Recherche quand on sait ce que Marcel ingurgitait chaque jour dans les dernières années de sa vie selon les dires de sa gouvernante 1 : un croissant ou deux, un café ou deux, parfois un verre de lait, une sole ou un peu de poulet de temps à autre, une bière glacée à n’importe quelle heure de la nuit…

Je rejoignais la réflexion de Jean-Pierre Richard dans Proust et l’objet alimentaire – dont je recommande la lecture sur le site persee.fr – pour lequel le paradoxe incarné par Léonie, la tante qui dans cette débauche d’agapes s’abstient de manger, pouvait s’interpréter par la propre situation d’écrivain de Proust « face à un monde sensible et délectable. Car l’écrivain ne possède ou ne recrée verbalement ce monde qu’à la condition de s’en écarter, d’accepter de le perdre, c’est-à-dire de le transformer en signes, en écriture. » Pour bien parler de nourriture, s’abstenir de tout plaisir de la table alors ?

Un bœuf à la casserole m’aurait autrement inspirée, mais ici nous ne parlons que de poissons et de femmes, et mon objet alimentaire du jour serait un maquereau, cru de surcroît, installé sur une dame en crinoline… elle-même coincée au fond d’une assiette. Comment unir la sensualité du sexe et de la nutrition devant une telle image ? Le maquereau, la crinoline… Je cherche encore…

1 – Monsieur Proust, par Céleste Albaret, souvenirs recueillis par Georges Belmont,
Robert Laffont, «Documento».

Image © Marc GuerraDes poissons et des femmes, ≠35

Nous poursuivons notre voyage dans l’univers  Des poissons et des femmes entamé le 4 janvier et pour une année entière : sur une image de Marc Guerra, j’écris un texte et publie le tout chaque vendredi… jour du poisson !

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