My baby don’t care

small baggadge

J’étais en train de lire Philosopher ou faire l’amour de Ruwen Ogier tout juste disponible, d’ailleurs je venais de le recevoir, et je m’étais arrêtée sur ces phrases citées par l’auteur, issues de My Baby Just Cares for Me que chantait Nina Simone :

My baby don’t care for clothes
My baby just care for me

quand cette image a atterri dans ma boîte mail, à charge pour moi d’en tirer un texte selon notre contrat.

La chanson en question illustre l’une des « deux grandes catégories de définitions analytiques » selon Ruwen Ogier : « Conative (c’est-à-dire liée à des désirs ou des actions) ou affective (liée à des émotions plaisantes ou déplaisantes). Avec la précision suivante : Conative : aimer c’est vouloir quelque chose concernant l’aimé. (…) Affective : aimer, c’est ressentir une certaine émotion à la pensée ou en présence de l’être aimé. »

Je vous laisse le soin de deviner de quel champ ressortit cette chanson interprétée par Nina Simone.

Pour ce qui concerne ma préoccupation présente – écrire un texte en relation avec cette image – j’ai immédiatement postulé que la jeune femme au demeurant charmante, apparemment bien dans ses pompes et dans sa robe multicolore, se rendait à un rendez-vous d’amour, indifférente aux regards que susciterait son sac à main-poisson qu’elle semblait promener comme un animal de compagnie. Indifférente aux regards… car le seul regard qui importerait pour elle serait celui du pêcheur qu’elle voulait séduire.

Pourtant je m’inquiétais de cet hommage à l’homme de son cœur qui pourrait voir dans sa tenue l’arrogance de la femme sûre d’elle, capable d’attirer dans son filet un poisson de choix, qui sait, de s’identifier peut-être au poisson en question, de se figurer la laisse sur l’arête dorsale, coincé par la belle, obligé d’avancer à son rythme, condamné à respirer le même air pour finir par expirer hors de l’eau salvatrice. Et cette réflexion en entraîna une autre, qu’en amour cette volonté de satisfaire aux désirs de l’autre (aller jusqu’au bout du monde, renier ses amis, sa patrie, se teindre en blonde), par n’importe quel moyen, ou de s’en attirer les bonnes grâces en affichant un goût tellement loin de soi, ne pouvait à la longue que nuire, en engendrant la confusion pour soi et pour l’autre. Car pour finir le pêcheur pouvait aussi se sentir insulté par la belle lui apportant, écailles et nageoires liées, le produit d’une pêche qu’il aurait été incapable de lui offrir.

Enfin, je me persuadais que la jeune femme n’aurait pas le cœur à sacrifier une aussi belle bête fût-elle à sang froid pour un homme qui n’aurait d’yeux que pour ses jambes, qu’il soit pêcheur ou banquier, et je retournais à mon bouquin, achevant ainsi cette missive à vous destinée.

Image © Marc GuerraDes poissons et des femmes, ≠38

Nous poursuivons notre voyage dans l’univers  Des poissons et des femmes entamé le 4 janvier et pour une année entière : sur une image de Marc Guerra, j’écris un texte et publie le tout chaque vendredi… jour du poisson !

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