Marcher perdu dans la ville

s’orienter devenait difficile dans le soir tombé mais il suffisait de poursuivre son chemin dans la rue aux pavés roses, au trottoir effondré à l’entrée de l’échoppe du cordonnier – on s’était fait la réflexion que les talons ici forcément devaient s’y tordre – tourner à l’angle de la petite épicerie encore ouverte à cette heure-ci, dont le néon projetait sur le macadam l’ombre démesurée des fruits suspendus à l’auvent, et longer les murs blancs des villas cachées dans les jardins en fleurs où l’air embaumait le jasmin ; Hamza, Elyes, Trinita, rappelaient la présence du collège derrière l’esplanade, je t’entendis égrener d’un ton neutre les prénoms inscrits en bleu sur le crépi blanc de la haute façade, comme pour dire que l’on avançait dans la bonne direction, un peu précipitamment peut-être, inquiets de la chaleur qui anéantissait la réflexion, on traverserait au prochain croisement pour obliquer légèrement sur la gauche me disais-tu et retrouver la rue parallèle à la grande avenue que l’on aurait dû prendre finalement, tout aurait été plus simple, mais on avait préféré vagabonder dans les allées, et le regard maintenant guettait fiévreusement l’apparition du porche de la maison où l’on était attendu, il se dérobait, une guérite posée comme un obstacle à un coin de rue, on ne se souvenait pas l’avoir vue à l’aller, un chat étique surgi de l’ombre et surprenant la foulée, des villas cossues allumaient leurs fenêtres, on levait le nez malgré soi pour apercevoir une vie dans le silence qui encombrait la nuit maintenant, la marche soutenue nous conduisit vers des entrepôts, et l’on soupira de découragement, on avait dépassé le panneau de parking qui devait se trouver là et sans s’y attendre, l’on avait rejoint la voie ferrée qui traversait la ville, il fallait rebrousser chemin, partager des regards muets et déambuler en somnambule dans la moiteur que ne dissipait pas l’heure avancée, la guérite offrait une fois de plus son abri de l’autre côté de la rue, on laissa le panneau d’une impasse sur la droite, un chien aboyait sourdement et nous fit tressauter, on n’était plus sûr de rien, mais on se persuadait de rester en connivence avec ce quartier éteint…

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Texte écrit dans le cadre de l’atelier d’écriture proposé par François Bon pour cet été 2015, sur le thème du fantastique…

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