Autre lamentation

Ô sable divisé dans les mains souveraines
Cruel à toi-même à toi-même confronté
Peuple qui n’es que sang qu’on verse en vérité
Qu’entrailles de chevaux sur l’arène qu’on traîne

Regarde celui-là ton pareil et qu’on tue
Ils t’ont donné la pierre et le couteau pour être
Le bourreau de toi-même à te choisir un maître
Et les coups de ton bras sur qui les portes-tu

Sur qui sur quelle chair dont le cri me déchire
Où s’inscrit la blancheur des flagellations
Et tu frappes ta bouche et c’est ta passion
Ta chute ta clameur et ton propre martyre

Ô sable divisé plus que le chènevis
Peuple en mille micas brisé comme un miroir
A ces princes de Dieu peux-tu plus longtemps croire
Qui jouent aux osselets sur ton ventre ta vie

Toi qui portes la mort peinte dans ta prunelle
Sur ton corps écorché la pâleur de la faim
Qui n’a connu du jour que ce travail sans fin
Semblant éterniser les douleurs maternelles

Jusqu’à quand seras-tu la monnaie et le prix
Dont d’autres pour avoir les cieux feront échange
Jusqu’à quand faudra-t-il que du glaive des anges
A la gloire d’Allah soit ton visage écrit

Aragon, Le Fou d’Elsa, Gallimard, 1983.

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