Ne pas mentionner l’oiseau

Tu ne le vois pas mais le mur blanc d’en face s’écaille et dans l’ombre recrache les tâches jaunâtres des enduits précédents. C’est le pignon d’une véranda surplombée par un toit de plexiglas aux montures rouillées qu’il faudra bien rafraîchir un de ces jours aussi. Derrière, les murs blancs d’autres bâtiments aux fenêtres carrées barrées par des moucharabiehs de fer crient leur décrépitude. Tu ne le vois pas ! Tout ici s’abandonne, tout est abandonné.

La géométrie des bâtiments se fond dans la masse végétale des grands arbres, et le blanc jure sur le vert, et le vert sur le gris des nuages immobiles dans le ciel bleu. Encore huit heures ici à regarder de temps en temps par la fenêtre trembler à peine la cime des eucalyptus. Encore aujourd’hui le silence l’emporte sur l’agitation de la révolution, la nostalgie recule, étudiants et enseignants fuient le campus et se réfugient dans la grève.

Des coups sourds résonnent, impossible d’identifier d’où ils proviennent : d’en face, de cette véranda rouillée ? des bâtiments en contrebas ou de l’intérieur de la médiathèque ? Une Citroën grise est garée sur le parking, juste sous le réverbère, devant cyprès et eucalyptus. La sienne. Tout se prépare alors, il va falloir descendre. Rejoindre les autres dans ces salles sombres qu’éclaire à peine le jour à travers les moucharabiehs.

MS

Ecrit pour l’atelier d’hiver 2015-16 de François BON.

 

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