Surtout ne rien perdre. Le vase d’avril.

Ce vase est dédié à Francis Royo, poète, qui nous a quittés le 14 mars dernier. Ses mots sont ici.

J’ai le plaisir aujourd’hui, pour ces Vases communicants d’avril, d’accueillir Françoise Renaud, auteur de nombreux ouvrages, qui écrit aussi sur son blog Terrain fragile. Françoise me disait le 5 mars à propos d’un vase communicant que nous pourrions écrire conjointement :

« tout m’intéresse, d’écrire à partir d’une image ou d’un mot ou d’une phrase
piochée chez l’autre… ou bien une idée plus travaillée
par exemple : habitant le même type de territoire, on pourrait partir sur
l’âme du paysage ou l’idée de jardin ou de ciel ou….
produire une photographie et écrire quelque chose pour donner à voir à
l’autre… »

…et nous avons échangé plusieurs photos, à chacune de choisir parmi ce qui l’inspirait…

…et nous nous sommes retrouvées sans le chercher sur le chemin, un chemin similaire, puisque nous vivons toutes deux en Cévennes ; c’est sans doute pourquoi nos photos et nos textes se font tellement écho…

Ci-dessous donc, le texte de Françoise sur une image d’un chemin de « chez moi ». Et mon texte sur son blog.

Surtout ne rien perdre

marlen-sauvage-cheminvaseco

Il va sans souci. Sans fatigue. Plus léger à l’heure fraîche. Il va, porte le vent. Glisse au flanc du versant. S’incurve, se resserre quand il faut, bientôt raidit sa pente pour entraîner vers le col.

On va avec lui, on le suit — on lui fait confiance.

On essaie de sentir tout ce qu’il y a dans l’instant de formes, de textures, de parfums, de murmures. On ne veut rien manquer. La couleur de l’air. Le ruiné du rocher. Le port des arbres rares. La sensation d’altitude. Et puis le dessin des crêtes contre le ciel, les nuages échevelés, la résonance de l’horizon. Le tressaillement des bêtes cachées. Toutes ces choses émanant du dehors proposées au cours de la marche, cette profusion d’événements minuscules engageant le regard et les autres sens, nous reconduisant dans le giron de la nature. Finalement nous procurant un sentiment de plénitude et d’amour sans réserve pour ce monde qui bouleverse.

Sentiment qui gagne en nous. Pénètre.

Et on regrette de ne pas voir humer toucher avec plus d’acuité. On regrette d’être ignorant : tant de  variétés de plantes sauvages d’insectes d’oiseaux, tant de nuances de vert de bleu. On voudrait voir profond. On voudrait voir la sève circuler dans les tiges, la pluie glisser dans la terre, les cristaux se transformer dans la pierre. L’âme dans le corps s’émerveille. Surtout ne rien perdre.

Qu’importe, on y va. On va dans la joie du paysage.

Au-delà du tournant l’air surprend et coule sur le visage. On a les joues rouges. On devient chemin, rocher, bout de ciel. On froisse la tête des bruyères du plat de la main, si douce couleur — couleur d’invisibles baisers — tout en se hissant jusqu’au plateau aride, râpé par les courants puissants du vent.

Françoise Renaud

Photo : Marlen Sauvage

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Tiers Livre (www.tierslivre.net/) et Scriptopolis (www.scriptopolis.fr/) sont à l’initiative d’un projet de vases communicants : le premier vendredi du mois, chacun écrit sur le blog d’un autre, à charge à chacun de préparer les mariages,
les échanges, les invitations. Circulation horizontale pour produire des liens autrement…
Ne pas écrire pour, mais écrire chez l’autre. »

Marie-Noëlle Bertrand coordonne les échanges et inscrit les publications sur le blog le rendez-vous des vases. Merci à elle !

 

 

 

 

Une réflexion sur “Surtout ne rien perdre. Le vase d’avril.

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