notes sur ma table de travail

ms

C’est un espace non confiné qui s’étire – de l’angle d’une pièce à quatre fenêtres où un bureau de bois gris en L s’ancre dans un mur – jusqu’à un autre angle où une bibliothèque domine une table ventrue en carton coloré, vert pomme et rouge framboise, débordante de livres en attente d’être lus ou à rendre. Sur le bureau de bois gris une trousse en cuir blond, deux vide-poches, deux plumiers, deux encriers, trois pots à crayons, une mémoire usée à trente-deux soufflets et autant d’années pour distribuer le travail du mois, des chemises rouges, vertes, bleues empilées dans un coin, une imprimante, trois disques de sauvegarde, un IPad, une lampe en métal blanc, une liste de numéros de téléphone scotchée au mur qui date du temps où elle n’utilisait pas de mobile, ni la fonction ad hoc du fixe, quand elle disposait encore d’un téléphone fixe ; c’est au mur un tableau métallique gris où s’accumulent les cartes postales les dessins les photos les mémos retenus par les magnets des Rencontres de la photographie d’Arles – le coq, la girafe, le rhinocéros, la banane…  – et au-dessus, sur une mini-étagère, une boîte de papier et d’enveloppes, une boîte de cartes de visite, une boîte de cartes postales, trois photos d’enfants dans des cadres, une bonbonnière ancienne en verre remplie de petits galets et de coquillages ; plus haut encore, c’est une étagère de livres de poésie, avec une peinture qui représente une femme à tête d’oiseau et derrière le bureau une bibliothèque en pin brut pour les dictionnaires, les livres de référence, les brochures culturelles, une radio, les cahiers, d’autres chemises cartonnées multicolores, les classeurs blancs, jaunes et roses fuchsia, toute la papèterie vierge encore de marques, de traces, d’écritures, et se frayant partout une place au milieu de l’espace, ici sur le bureau, sur la table en carton, sur le lit de la chambre, dans l’herbe au dehors, un ordinateur MacBook Pro, son bureau mobile, sa table de travail baladeuse. L’icône du disque dur dans le coin gauche, à son prénom, le dock à droite et la corbeille en bas, aucun fichier sur cette métaphore du bureau, tout est rangé, impeccablement, seul parfois le document en cours est posé là sur la fenêtre de l’écran. Tout est dedans, l’ordinateur contient tout : son univers rêvé, toute sa réalité, virtualisée. C’est un espace qui transgresse les cloisons, ouvre sur la chambre et au-delà sur la nature, c’est un bureau dans la nature aussi.

Marlen Sauvage

Ce texte a été écrit dans le cadre de l’atelier d’écriture permanent proposé par François Bon sur le tiers-livre. Vidéo explicative ici, sur la chaîne youtube de François Bon.

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