Enfance berlinoise

« J’ai été beaucoup malade. De là vient ce que d’autres appellent ma patience, mais qui en vérité ne ressemble à aucune vertu : le goût de voir s’approcher de loin tout ce qui m’importe, comme de mon lit de malade les heures. C’est pourquoi je perds le meilleur d’un voyage quand je n’ai pas pu attendre longuement le train à la gare, et c’est de là également que vient ma passion de faire des cadeaux : car ce qui surprend les autres, moi qui l’offre je l’ai préparé de longue main. Le besoin de voir venir ce qui arrive, soutenu par l’attente comme le malade par les coussins placés dans son dos, a fait que plus tard les femmes allaient me paraître d’autant plus belles que j’aurais eu à les attendre longtemps avec confiance. »

Extrait de Enfance berlinoise, de Walter Benjamin

 

© Editions de l’Herne, 2012 – Traduit de l’allemand par Pierre Rusch

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