Carioca

marlen-sauvage-pcb

Qui l’eut cru ? En cette période de crise aiguë de paranoïa (pour lui), elle avait réussi l’impensable : amadouer ses peurs, profiter d’un moment de répit, d’une ouverture pour tenter un autre raisonnement : et s’il pouvait s’abstraire de ce terrible héritage psychologique ? Et s’il détenait en lui la force de lutter contre ce tempérament colérique ?

Alberto s’était enfermé dans un profond mutisme : le début de la réflexion.

Allongé sur le canapé, il sirotait maintenant un PCB, autre héritage du père, tangible celui-ci : picon-citron-vin blanc, que le rituel du samedi les amenait à boire parmi les forains et les visiteurs sur le marché de Marcigny. Elle lui avait collé dans les mains Aïe, mes aïeux !, d’Anne Ancelin Schützenberger , et il dévorait tout des liens transgénérationnels, des secrets de famille, du syndrome anniversaire et de tout ce qu’il fuyait jusqu’à présent comme la peste. Elle se félicitait. Il s’ensuivait de longues discussions entre eux sur la part de liberté qui est échue aux hommes (et aux femmes) de ce monde, de la nécessité d’affronter le plus douloureux en soi, et pour lui, de mettre des mots sur ce sentiment d’injustice qui empoisonnait sa vie depuis toujours. Elle approuvait.

Quand il conclut sa lecture par : « Et s’il n’y avait pas d’héritage, au fond ? », elle secoua la tête d’un air navré. Enfin, c’était une autre façon de voir les choses et si cela pouvait résoudre une partie de son problème… Elle rangea Anne Ancelin sur l’étagère pour ne plus y penser.

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Pour écrire ces microfictions, un procédé, toujours le même : un mot (ici, CARIOCA) que je décline en autant de mots qu’il comporte de lettres (crise, amadouer, réussir, impensable, ouverture, colérique, Alberto), le tout en quelques secondes. Mots jetés sur un carnet que je relis avant de démarrer une histoire… par quoi, comment ? Mystère. Ici, c’est la crise qui l’a emporté ! Cinq minutes pour écrire, c’est ma contrainte. Le mot initial n’apparaît pas forcément dans le texte.

2 réflexions sur “Carioca

  1. génial comme idée de contraintes d’écriture ! par quels biais les mots, les lettres ainsi égrenées livrent-ils leur matière ? Cela me donne matière à réflexion en tout cas. J’aime bcp les microfictions et les vôtres plus particulièrement. J’ai le sentiment que le « micro » laisse parfois surgir comme un flash de l’expérience, une sorte de réveil. Belle journée à vous

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