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partir de l’angle gauche de la maison ; grimper le talus à l’arrière ; traverser l’écran de bouleaux ; ce qui fut un écran ; les bouleaux meurent au printemps chez nous ; franchir les deux ou trois mètres jusqu’au sentier herbeux ; la limite du terrain de ce côté-ci ; longer les mûriers desséchés ; les laisser à main gauche ; traverser la clôture ; elle délimite la pâture de l’unique brebis ; l’autre n’a pas survécu à son treizième hiver ; avancer dans le verger de cognassiers ; en contrebas à droite la clède ; les châtaignes y séchaient au début du siècle dernier ; à gauche deux cerisiers s’époumonent jusqu’au ciel ; longer le pré voisin  jusqu’à l’angle de la clôture ; au-delà le terrain est celui de Germaine ; Germaine morte en 2002 ; Germaine que nous n’avons pas connue ; Germaine qui vivait de rien ; à la maison en terre battue ; propriété maintenant de cousins éloignés ; descendre sur la droite en contournant la clède ; traverser le chemin communal ; poursuivre dans la pente ; le poulailler ici s’abandonne à la végétation ; nulle poule pour la contenir ; continuer jusqu’à la châtaigneraie ; après avoir coupé dans les genêts allongés sur le sol ; qu’il a fallu tailler à ras l’été dernier ; ramasser quelques « marrons » dauphine ; ces bonnes châtaignes au taux de sucre élevé ; au cloisonnement inférieur à 10 % ; se contenter de jeter un œil vers le bas ; vous y glisseriez à cette heure au milieu des feuilles rousses ; vous apercevrez bien l’autre clôture de bois et de grillage ; piquer alors vers l’autre délimitation ; ce ne sont que châtaigniers encore ; merisiers sauvages ; restes de murets effondrés ; et vous remonterez alors sur votre droite ; croisant la petite route goudronnée ; vous admirerez les sumacs rouge feu ; les tronçons d’eucalyptus au pied du laurier sauce ; le prunier ; le pré où les vaches en cet automne jettent leurs tâches brunes sur le sol givré du matin ; sans souci de vous ; et vous rejoindrez après le portique la ruine éventrée ; présente sur le compoix de 1840 ; la ruine qui nourrissait nos rêves d’atelier tout de verre bâti ; pour profiter de la vue sur la vallée ; la ruine qui marque le coin du rectangle que vous venez de parcourir ; alors que vous n’avez fait que tourner autour de la maison en S inversé ; sans remarquer sa façade de pierre au nord tandis qu’au sud le crépi l’enlaidit ; son absence de gouttières et son toit de bardeaux ; sa terrasse au soleil ; l’if indiquant une tombe protestante ; le jardin potager tout en longueur derrière le poulailler ; l’étroit escalier de pierre qui y descend ; l’abri de jardin qui attend son toit de lauzes depuis des années ; le figuier aux branches basses entouré de forsythias jaunes en février ; le large escalier aux pierres inégales qui mène à la maison ; et trouant le pignon à l’est couvert de signes cabalistiques ; la porte de la cave voûtée où se tenaient des chèvres dans une vie antérieure ;

Texte et photo Marlen Sauvage

(Photo : la clède à l’automne)

Première séance d’atelier d’hiver conduit par François Bon, premier texte.

 

 

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