Une histoire de neige

marlen-sauvage-aiken

« Ça n’avait peut-être pas été le deuxième ni le troisième matin – ni même le quatrième ou le cinquième. Comment pouvait-il en être sûr ? Comment être sûr du moment exact où la délicieuse progression était devenue nette ? Du moment exact où elle avait réellement commencé ? Les intervalles n’étaient pas très précis… Tout ce qu’il savait, c’est qu’à un moment ou un autre – peut-être le deuxième jour, peut-être le sixième – il avait remarqué que la présence de la neige était un peu plus insistante, son bruit plus clair ; et, inversement, le bruit des pas du facteur plus indistinct. Non seulement ne les entendit-il pas au coin de la rue, il ne les entendit même pas à la première maison. Il les entendit au-dessous de la première maison ; et quelques jours plus tard, au-dessous de la deuxième, et encore quelques jours après, au-dessous de la troisième. Graduellement, graduellement, la neige devenait plus lourde, son bouillonnement plus sonore, les pavés de plus en plus emmitouflés. Quand chaque matin, après le rituel de l’écoute, il trouvait en allant à la fenêtre les toits et les pavés aussi nus que jamais, cela ne faisait aucune différence. Ce n’était après tout que ce à quoi il s’était attendu. C’est même ce qui lui plaisait, sa récompense : la chose était à lui, n’appartenait à personne d’autre. »

Conrad Aiken,
Neige silencieuse, neige secrète, éditions La Barque

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