Lumière

 

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« Ambahy – Nuit qui se déchire et qui se lacère à l’aube des lucidités, sur des paupières qui se ferment aux songes. Me verse doucement dans l’ombre froide qui s’ouvre nue sur les pierres. Le soleil dénude le monde et, par pudeur, le vent souffle dans les sables, aveugle les yeux. Je reprends mes pas et les précipite sans fin sur toutes mes errances. Que l’ombre est lente à nous prendre… Ne suis plus que rêve, que tracée des temps qui s’effile dans les songes. Dériver dans les ombres qui s’étirent et qui s’allongent. Je trébuche mon souffle sur des caillasses obstruant mes poumons – crache ! crache ! –, trébuche mes pas sur la plage lourde encore d’obscurité.
Du sang, mon sang sur le sable noir.
Dis :
« Ce sang qui éclabousse les rochers dessine le visage du blessé. »
Dis encore :
« Nous avons recueilli l’ombre sur la pierre, nous nous en sommes vêtus et la nuit fut dehors. »
Un pesant arbre fend l’aube, se dispersent mille ombres en mon âme, mille feuilles sur ma peau. Cette île, Ambahy, est de tous les regrets. A mes lèvres, j’ai porté le sel de ses plages et j’ai revu de mes yeux médusés la mère que l’on nous raconte née des lumières se donner à l’océan. Elle a ouvert son ventre et l’ombre en elle s’est engouffrée. »

Nour, 1947 – Raharimanana
Editions © Vents d’ailleurs / Ici & ailleurs, 2017
(Réédition du roman paru en 2001 aux éditions Le Serpent à plumes)

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