Après le festival

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Florac, la source du Pêcher.

[Pour Sophie et Eva]

« Il y a de la crevette dans le pâté », ce sera notre expression fétiche pour dire qu’un grain de sable vient de se coller dans l’engrenage.
Il y a cette paella dans une immense poêle posée à même le sol où nous grapillons crevettes roses et calamars, moules et poulet, du bout des doigts. La ronde des autres, autour, leurs rires, leurs voix. Un petit verre de vin rosé, blanc, rouge, pas loin.
Il y a ces livres partagés, ces questions posées, ces réponses que l’on n’attendait pas, qui viennent crever notre univers de pensée, et que pourtant l’on espérait ; tout ce qui nous parle d’humanité, de terre à arpenter, d’arbres à planter.
Il y a tant d’émotion que les regards s’embrument. Dans ce temps de l’après, quand le monde a quitté le festival et que chemine au creux du ventre le sentiment de la fin, un peu comme une perte, une dépossession.

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Sandrine Cnudde et son éditrice, Danièle Faugeras, deux voix pour Patience des fauves.

Il y a Sandrine et Danièle, André, Catherine, Eva, Pascale, Sophie et Raphaëlle, les fous rires enthousiastes du premier matin, la fougasse et le café, les confidences partagées, Liliane, Monika, Stéphane, les tableaux blancs à effacer, Monique, Marité, les pastilles de couleur à distribuer, Johan et son sourire, la pelouse sous le soleil, la cigarette roulée, le grand chien de Catherine affalé sous une chaise, le repas de midi dans le parc du château, les discussions à bâtons rompus, la foule qui se presse dans la salle aux chaises rouges, le frôlement des corps entre les stands des éditeurs, au-dehors les danseurs, baluchons sur le dos, le micro qu’on abandonne mais les mains qui se lèvent et soudain les questions fusent quand l’heure a déjà trop tourné, le souhait de se revoir, les chaises à ranger, les sanglots de l’une, les tissus à rouler, les kakémonos à décrocher, au coin d’une fenêtre, Balthasar joue en cognant deux boules l’une contre l’autre, les Figues que l’on se promet d’organiser à l’automne, le public qui remercie, les hésitations de l’auteur, la voix courte, la sincérité, l’autre voix puissante qui s’élève, la barbe blanche et rousse, les grandes mains de paysan, le souffle de la marcheuse, ses craintes dans la nuit des loups, cette Lozère qui nous rassemble, les larmes imprévues de la pompe à essence, les pas de la petite fille dans le tribunal de Justice durant le concert de musique, les souvenirs des uns qui se mêlent aux souvenirs des autres, Eliane et la route de la Baume Haute ignorée, Eliane et son envie de se perdre, jusqu’aux Bondons, mais se perdre…

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André Bucher, ci-dessus, pendant une lecture au château du Parc national des Cévennes.

Voilà. C’était le festival du livre à Florac les 13 et 14 mai derniers. Des moments intenses avant, pendant, après. Lignes de partage a réuni des centaines de visiteurs autour des trois auteurs « vedettes » du festival : Catherine Poulain (éd. de L’Olivier), Sandrine Cnudde (éd. Po&Psy) André Bucher (éd. Le Mot et le Reste), et de quelques auteurs locaux (Marie-Pascale Vincent, Christophe Blangero, François Capelier, Marc Lemonnier et bien sûr Patrick Cabanel qui était le parrain du festival). Autour de petites maisons d’édition indépendantes, aussi, qui nous ont enchantés comme toujours par la qualité de leur production et leur engagement (Winioux, Cambourakis, le Diplodocus, Alcide, le Bousquet-la barthe, les éditions du Gévaudan, Encre et Lumière, autour d’auteurs-illustrateurs (Sophie Tiers, Xavier Boulot), de bricoleurs étonnants (Les Mondes en papiers), de danseurs, de musiciens (nous avons eu droit à un anti-concert généreux et plein d’humour donné par Irène Mayaffre et Louise White en hommage à Jacques Bonnal, sculpteur), de comédiens, d’associations (Terre de Lecteurs, Foyer rural de Florac, etc.), d’un plasticien génial et sympathique (oui, nous avons notre Peter Weir en Lozère) et j’en oublie sans doute…

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Texte et photos : Marlen Sauvage

4 réflexions sur “Après le festival

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