Carnet des jours (19)

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[Sans doute ai-je l’impression, à cultiver ce décalage, de ne plus parler vraiment de moi…]

Jeudi 1er juin
Deuxième et avant-dernier atelier sur les peurs à Saint-Chély. Le groupe bouge, les uns partent, les autres arrivent. L’accueil est toujours aussi aimable et la bibliothèque accueillante.

Vendredi 2 juin
Je termine l’interview avec Laurance Henry plus tard que prévu. Quelle belle rencontre ! Nous nous découvrons des affinités, tout ce travail autour de la mémoire pour mener à bien ses deux spectacles, ces rencontres avec les enfants et les « vieux », cette approche si humaine qui est la sienne… Je lui parle de Pierre Vermersch et de son entretien d’auto-explicitation. Nous promettons de nous recroiser…
Et je repars à Aubres pour les visites prévues avec deux agences.

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Samedi 3 juin
Revu la petite maison de Lamotte, puis une autre dans le village piétonnier, celle sans extérieur… Deux caves voûtées, un chauffage au fioul à remplacer, une maison à plusieurs paliers, un étage avec 2 chambres et une salle d’eau. Quelques rafraîchissements à prévoir. Mon coup de cœur est modéré en raison du chauffage… et de l’absence de jardin.

Dimanche 4 juin
Je repars en fin de matinée, m’arrête pour acheter melons et tomates, fromage et pain. Vu François au marché de Nyons. Parlé un moment de sa vie de retraité.

Lundi 5 juin
Je décide de jeûner trois jours, mon corps me le réclame. Aucune sensation de faim. Je bois des litres d’eau citronnée, je marche une heure durant, une marche un peu exigeante mais pas trop… chevilles obligent. Entretien avec Annabelle Playe.

Mardi 6 juin.
Toujours rien qui me rappelle la faim. Et aucune envie de manger. Je me sens légère dans mon corps et surtout dans ma tête. Comment ne me suis-je pas écoutée avant ? Je ressens un bien que je connais pourtant, celui que j’éprouvais quand la journée de jeûne chaque semaine était une habitude, empruntée à Monod d’ailleurs. Ce temps est si loin…
Atelier de Florac où nous fêtons les 42 ans de Stéphanie. Je ne touche ni au guacamolé de Liliane ni au crémant de Bourgogne de S.

Mercredi 7 juin
Jeûne encore. Marche. Interview de Nathalie C. pour le Bistro d’Ulysse. J’apprends qu’elle devait reprendre le Théâtre de l’Arentelle à St Flour. Les péripéties dues au refus des propriétaires de renoncer à la clause de non concurrence… Bref. Elle est nomade aujourd’hui, sans lieu, mais bosse avec énergie.

Jeudi 8 juin
Je poursuis ma lecture de la Bible traduite par des écrivains, qui m’a été offerte il y a des années… en 2004 ??? L’Exode est écrit par François Bon, je le découvre. Cette version littéraire me réjouit, loin d’être obtuse, elle emporte l’imaginaire. Je décide de publier un extrait de chaque livre au fur et à mesure de ma lecture.
Il a plu dans la nuit et le jour tarde à s’éclairer vraiment. Depuis mon réveil aux alentours de 6 heures, je passe en revue les maisons visitées. J’hésite encore à m’ancrer ailleurs. Il y a du nomade en moi qui voudrait voyager.

Vendredi 9 juin
Intervention à Alès. Dix minutes pour me séparer d’un nævus qui avait grossi avec les années. Une mouche au coin de la bouche qu’un ami avait eu un jour envie d’embrasser au détour des trois bises cévenoles convenues. J’ai pensé à toi, Pilo, qui as rejoint les anges rêveurs, je l’espère, depuis six ans maintenant quasiment jour pour jour…

Samedi 10 juin
Ce devait être une virée à Capendu pour la restitution de la Caravane des 10 mots, avec E. Mais compte tenu des circonstances, nous n’irons pas. La nuit a été blanche et je pars en début d’après-midi pour rejoindre Lily à Castelnaudary. Arrivée vers 19 h. Retrouvailles joyeuses. Repas à la Maison du cassoulet. Je sors tout juste de mon jeûne mais je craque pour un verre de chardonnay, qui accompagne une seiche à la planche…

Dimanche 11 juin
Nous visitons l’abbaye de Saint-Papoul où j’achète une icône réalisée par une artiste locale. Je pense à toi… Le maître de Cabestany, sculpteur anonyme, baptisé ainsi dans les années 50, me sidère par la simplicité émouvante de ses traits, ceux de ses personnages je veux dire, aisément reconnaissables de bas-relief en bas-relief : un front bas, des sourcils froncés, un visage triangulaire « pointe en bas »… de vrais personnages de BD. Puis nous visitons les ruines du château de Saissac où nous sollicitons toutes deux notre imaginaire pour voir revivre ces murs et leurs occupants. Je me souviens qu’enfant je n’avais aucun mal à « voir » seigneurs et domestiques, soldats et paysans dans un tel environnement. Tout était peuplé de bruits alors, d’odeurs, de passages de charrues, de gueux que l’on faisait déguerpir, de mendiants et de crécelles annonçant les lépreux…
Déjeuner d’une pizza fine et délicieuse dans une auberge cachée parmi les ruelles du village, sous un soleil de plomb, mais nous avons évité la canicule, au frais de la demeure de pierre, restaurée et accueillante.

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Soirée balade à pied sur le canal avec arrêts bistro pour deux verres de tariquet à la fraîche. Les résultats du 1er tour des législatives intéressent davantage Lily [anglaise] que moi. Une carte de France presque aussi bleue que rose nous arrache un cri.

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Lundi 12 juin
Départ vers la Dordogne pour Lily, vers les Cévennes pour moi, à 10 h. Je manque l’aire où je pourrais photographier la cité de Carcassonne. Arrivée vers 14 h, fourbue par la route, malgré la clim, je rappelle Gersende à Lamotte pour la maison. Mais compromis signé…

Mardi 13 juin
Interview  de Julie Benegmos pour son adaptation du roman de Federika Anna Filkenstein, L’oubli. De la shoah dans la vie des jeunes générations et du devoir de mémoire comme injonction. Je regarde le soir La Passeuse des Aubrais, 1942, par Michaël Prazan. Documentaire bouleversant sur le sauvetage de son père dans les années 40, par une dame qu’il finit par retrouver. Résistante ou gestapiste ? (comme le disait le père de Michaël R.). Résistante, d’après l’enquête du cinéaste. La dame meurt avant d’avoir été reconnue Juste parmi les Justes. Pourquoi le père a-t-il caché ses retrouvailles en 1962 avec cette personne qui l’avait sauvé de l’enfer ? Mystère. Quels liens cette femme entretenait-elle avec Lussac, ce bourreau qui sévissait à Orléans à l’époque ? Mystère. Nul ne le saura, tout cela est dans la tombe.

Mercredi 14 juin
Le Gem. Encore un bon groupe pour cet atelier, dix fidèles. Le matériau s’épaissit et nous poursuivons avec de l’écriture fragmentaire autour des deux derniers mois qu’il nous reste à travailler.
Marche « à l’envers » sur la Royale, vers 19 h, quand la chaleur retombe.

Jeudi 15 juin
Lever à 5 h 30. Mais je m’étais couchée vers 22 h. L’heure matinale pour lire, écrire, penser. C’est l’anniversaire d’Eric aujourd’hui, j’attends 8 h pour lui souhaiter ! La petite chattounette me rejoint et me câline pendant vingt minutes. Je me demande si elle entend mes interrogations quant à laisser un chat sur son territoire comme me le suggère Lily…

(à suivre)

Texte et photos : Marlen Sauvage

5 réflexions sur “Carnet des jours (19)

  1. Tu prends la bonne décision d’emmener tes chats. Pour avoir tellement déménagé avec tous mes chats, ils seront heureux là où tu seras puisqu’ils seront aimés sur ton nouveau territoire à toi…
    Merci pour ta belle écriture toute en finesse et en pudeur. Je t’embrasse

  2. Il n’est nécessaire de connaitre ni les personnes que les noms désignent, ni les paysages traversés pour suivre vos cheminements avec plaisir et émotion. J’aime la sobriété et la véracité de votre écriture. Quitter un jardin… c’est un sujet sur lequel j’essaie d’écrire. J’espère que vous en parlerez dans ce journal partagé. Merci.

    1. Très touchée par votre commentaire… J’ai circulé dans votre jardin-blog (déjà et avant votre mot ici) et découvert que nos centres d’intérêt sont bien proches, que votre réflexion alimente la mienne souvent… Quitter un jardin, oui sans doute, j’en viendrai là, écrire sur cet arrachement… A bientôt.

  3. La question du chat sur son territoire… question presque symbolique de ce qu’on laisse de soi sur un territoire qu’on va quitter…
    Un jeûne de trois jours… en train d’expérimenter celui du 16/8. Merci pour ce journal Marlen. Il en ressort une grande tendresse pour les êtres croisés, évoqués.

    1. Je laisserai les rosiers et les roses trémières, les lilas et les lavandes, la glycine et la vigne, le chèvrefeuille et la passiflore, le laurier rouge et le millepertuis et toutes ces plantes cultivées avec amour ici pendant quinze ans. Mais j’emmènerai mes chats pour finir ! Merci de ta lecture attentive et bienveillante, Claude. Je t’embrasse.

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