La place, de M. Esse

Un texte d’une participante à mes ateliers d’écriture, Florac, 2017.

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Au milieu de la cité, une cathédrale gothique au portail en voûte occupe la place. Une tour en flèche monte haut dans le ciel. Ce matin de la Fête-Dieu, les cloches sonnent à la volée.

En bas sur la place pavée, les gens tracent des chemins singuliers, sinueux, se déplacent comme des pions dans un jeu.

Un groupe d’Italiens se serre autour d’une guide brandissant un parapluie arc-en-ciel, marque de reconnaissance et de retrouvailles.

Des Japonais sillonnent la foule, un pas devant l’autre comme des funambules, et regardent le monde à travers leur mini-camera fixée sur une tige en métal.

Habillés en Mozart, perruque blanche, redingote rouge et or, chaussettes blanches et chaussures noires à bride,  de jeunes gens vendent des billets pour un concert dans le château impérial.

Des imitations de rickshaws jaunes et rouges, carrosses du pauvre à deux places, traversent en klaxonnant, tirées par un cycliste fatigué.

Au bout de la place, derrière la cathédrale, s’allonge une file de fiacres, tirés par deux chevaux blancs aux œillères noires ; au-dessus, tenant les rênes, trône le cocher coiffé d’un melon noir. Ils attendent les clients pour un tour dans la vieille cité et font la joie des enfants..

Une terrasse de café mord sur la place, surmontées par des parasols blancs défraîchis par le temps. Devant les barrières, un marchand de journaux vend  les magazines étalés par terre. Des étudiants portant une canette de coca, casquettes à l’envers, sacs à dos bariolés, traînent à côté. Une femme assez âgée, chapeau noir en cloche, manteau en velours bleu, sandales blanches, s’appuie contre la barrière du café. Un mime couvert de peinture dorée, planté au beau milieu de ce remue-ménage, se meut au rythme d’une valse de Strauss.

Les touristes font leurs achats, magasin de chocolats célèbres, glacier réputé, pâtisserie étalant ses gâteaux crémeux et chocolatés, cartes postales et souvenirs, avenue commerciale invitant à la flânerie. Au bout, une grande bouche noire où des escalators conduisent les passants vers le souterrain du métro local.

Le  portail de la cathédrale est encore fermé . On attend le retour de la procession des fidèles.

Les cloches sonnent toujours. Les spectateurs tournent sur la place, impatients. D’en haut, le ballet devient un puzzle étrange dont les pièces cherchent à se caser. Une toile d’araignée tissée de fils d’Ariane qui se croisent, s’entortillent, se séparent, s’éloignent, fils invisibles, marionnettes de l’espace et du temps.

Texte : M. Esse
Photo : Marlen Sauvage [Marseille]

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