Carnet des jours (22)

image

[Sans doute ai-je l’impression, à cultiver ce décalage, de ne plus parler vraiment de moi…]

Aujourd’hui samedi 22 juillet et à rebours
Réveil à Monastir dans une chaleur raisonnable. Enfin une douce nuit de sommeil après trois jours à Tunis plombée de soleil, sans un souffle d’air.
Soirée chez Hubert et la petite troupe d’habitués. I. nous accompagne. Coup de sirocco sur le front de mer alors que nous nous rendons à Chott Meriem. Un pylône électrique s’est affaissé sur la chaussée, il faut passer sous l’angle le plus large, un homme au bord de la route s’efforce de guider les véhicules et c’est une progression lente pire qu’à l’accoutumée, dans les éléments déchaînés…

marlen-sauvage-Monastir1

Hier soir (21 juillet)
Rencontre avec I., le beau garçon intelligent et sensible de A. Beau comme on l’est à 15 ans mais enfin au-delà de la moyenne, objectivement. Et de si belles baskets bleues… Goûté l’air de la marina en sirotant un délicieux thé aux amandes en compagnie de Radhia et Kamel, d’une courtoisie qui s’est perdue sous d’autres cieux.
Une plongée dans la mer transparente au pied de la Marina, roches ocre jaune et friselis verts de l’eau ; de la nature rafraîchissante après une route étouffante et malgré un arrêt restauration-boisson dans une station sur l’autoroute.
À midi nous rencontrions Mounir Baatour du PLT à son cabinet d’avocat pour une heure de discussion et d’échange, un parti anti-islamiste (plutôt libre penseur) qui défend ses valeurs sans compromission (pour l’instant…), sans danger pour le pouvoir – qu’il ne revendique pas –, peu médiatisé : sauvegarde du régime républicain et Code du statut personnel, défense des droits de l’homme et des libertés individuelles, appel à la normalisation des relations avec Israël (qui vaut un procès à son dirigeant)… Sa devise : liberté, égalité, laïcité.

Mardi 18
Rencontre avec Mehdi au Bardo, café Bonsaï, sur le coup de 16 h. (A. est parti déjeuner avec R. pour lui rendre ses clés de voiture.) Une heure quinze de discussion à bâtons rompus avec cet ancien étudiant de village francophone, devenu professeur des écoles, attentionné et soucieux de transmettre de belles valeurs à ses élèves.

Mercredi 19
Je tente de retrouver l’essentiel de cette journée… Mais rien. Nous sommes restés finalement à Tunis alors que nous avions projeté de repartir à Monastir.

Jeudi 20
Journée tranquille passée à écrire la proposition de Francois, troisième de l’atelier d’été. Huit versions au moins entre la veille et le moment de l’envoi. A. est parti assurer une conférence et rentré vers 21 h. J’assiste à l’entrée dans la maison d’une mariée de tout son mobilier que se passaient les hommes à la sortie d’un camion, au son de la flûte et du tambour. Un raffut joyeux qui a duré une heure ! Un peu gênée de filmer…

 

+++++++++++++++++

23 juillet
Monastir. Anniv de la grande sœur. Seul événement notable en cette journée archichaude encore. Fait un tour sur le marché de la ville, achalandé au-delà de toute mesure, difficile d’avancer dans le flot humain ! Le poisson est si beau, j’achète une bonite préparée par le poissonnier.
Dans l’après-midi, petit tour des plages du coin envahies par les touristes algériens. Je n’ose me baigner dans ce qui fut une plage réputée, près de l’ancien palais de Bourguiba, tant les regards me déstabilisent. Toutes les femmes sont voilées, habillées de pied en cap, sur les galets ou dans l’eau, les toutes jeunes filles portent des jupes par dessus leur maillot, quelques petites poupées de deux ans sont en caleçon long sous leur tenue claire, mais la couleur dominante est noire, je suis dans une robe bleu marine sans manche, relativement courte, au genou, et mon maillot de bain est d’une pièce (personne ne s’en doute !), mais les hommes en bermuda, torses nus, me suivent des yeux à tel point que je rebrousse chemin. Je n’ai pourtant rien d’une bimbo et la plupart d’entre eux pourraient être mes enfants. Mais je garde le souvenir de cette agression dans l’eau il y a trois ans par un jeune homme que j’avais fini par faire fuir en lui hurlant dessus. Retour dans un autre coin superbe ou A. me fait escalader des rochers et nager d’une pointe rocheuse à l’autre, la baignade de son enfance. Une heure dans les vagues hautes à ce moment de la journée. Soirée rêverie sur les plus hautes marches de la terrasse pendant que A. est avec un pote au café du coin.

24 juillet
Après-midi plage. J’en profite à fond ! Je pense à maman qui est à Guérande et en profite sûrement aussi. A ma tata Jo pour qui c’est moins vrai… Le temps a si vite passé… Allongée sur l’eau, la tête dans le ciel, je me demande qui viendrait me rendre visite si je m’installais ici durant quelques mois. Épisode mémorable de la tente impossible à plier avec une famille algérienne venue me demander de l’aide… Après vingt minutes de tentatives et un bon fou rire, nous la laisserons dans la cabine du gardien des lieux jusqu’au lendemain. Une méduse me pique au bras et à la cuisse à la deuxième baignade quand la mer est haute. Les familles aux femmes voilées et habillées se ruent sur la plage dès 16 heures.

25 juillet
Courses dans la médina sur le coup de 14 heures pour acheter chapeau et plaids. Nobody at home. Mais à la mer, oui ! Haute comme la veille. J’ai appris l’épisode des migrants refoulés par un Tunisien sur son bateau, les filmant pendant leur tentative d’échapper au zodiac et j’ai vu leur noyade annoncée sur FB. Il paraît que cela se passait sur les plages de Monastir. Laquelle ? Une mer de noyés, je me baigne dans une mer de noyés. Une angoisse me saisit, je vois des corps dans l’eau claire, ce sont des vivants, mais je quitte l’eau la gorge nouée.

Visite de Radhia et Kamel accompagnés de leur fille Imen et leurs petits-enfants (Kenza et Yacine), avant le mariage d’une autre Imen, nièce de A. Je passerai la soirée sur la terrasse la plus haute à écouter la musique et les chants jusqu’à une heure du matin. C’est la journée des femmes, ce jour de mariage, et A. me dit que hommes et femmes sont séparés durant cette fête. J’ai reçu des gouttelettes d’eau de fleur d’oranger ou de jasmin alors que je m’étais allongée sur le matelas là-haut, pourtant il semble qu’il n’y ait pas eu d’aspersion  de quoi que ce soit ! Mais qui sait d’en bas où se tenaient les hommes ce qui se passait en haut du côté des femmes ?

26 juillet
Grand ménage dans la maison (le carrelage m’en rappelle d’autres, dans de vieilles maisons de mon enfance…) pendant que A. répare le pneu crevé et avant qu’il file vers Tunis avec Kamel. Impossible d’arrêter ce que j’ai commencé aussi je poursuis les rangements et aménagements jusqu’à près de 20 heures. Complètement vannée. Petit whisky et dodo devant un film dont j’ai totalement oublié le titre et l’auteur…

marlen-sauvage-carrelage

27 juillet
Réveil trop tôt.. 4 h 30.. Je tarde jusqu’à 6 h 30 puis je craque pour un café. Grand soleil dehors mais une brise légère qui change tout. J’admire le travail de la veille.  Anniv de ma petite mother.

28 juillet
Cuisiné le marmitako de bonite. Visite au souk au moment de midi et rentrés avec des tonnes de légumes et de fruits ! A. est de mariage (signature du contrat ce jour, m’explique-t-il), j’en profite pour écrire et skyper avec ma Stef.

29 juillet
21h35 c’est le bal des mobylettes ! D’un côté et de l’autre elles traversent la rue Mohamed M’Hallah dans un bruit d’enfer, pétaradant à tout va. Les hommes sortent à cette heure-ci… sur leur mobylette. Parfois ils sont deux, un jeune conduisant un plus vieux, un autre parlant au téléphone tout en guidant son engin, un autre encore avec une jeune fille à l’arrière, qui l’enlace et lui chuchote quelques mots à l’oreille dans le vacarme du moteur. J’observe ce petit monde masculin du haut de la terrasse…

Cet après-midi, longue baignade d’une heure d’une plage à une pointe, puis dans le canal, et de là vers une autre plage… Le corps heureux de cet effort. Regarde les jeunes sauter, plonger de la falaise n°1 puis 2 puis 3… Hajr kebira, hajr sghira… Bhar Sidi Mansour où nous nous baignons, Bhar el turista ??? Bhar du jebana. J’ai tout oublié…

Matinée rangement et déménagement intérieur. La bibliothèque est devenue bureau. Nous sommes crevés mais fiers !

(à suivre)

Photos : Marlen Sauvage

 

 

 

 

 

 

2 réflexions sur “Carnet des jours (22)

  1. notre mer – bonheur de lire bonite et de voir ces carreaux (m’ont fait penser à Alger) et puis les voiles sur la plage et les morts dans notre mer…
    un sourire et une gorge serrée

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s