Ateliers de campagne (7)

marlen-sauvage-Marvejols

Potage au potiron dans un bol carré blanc.
Plus rien ne m’est interdit, j’écris en mangeant, plutôt que regarder la chaise en face de moi. J’ai pris le potage pour la couleur, dans un univers de fantômes scellés dans leur absence. Hôtel de l’Europe, Marvejols, salle du restaurant, un soir de novembre.
Et j’ai vu la plante verte sur le mur noir. Noir, c’est toute ma couleur ce soir. De la tête aux pieds, de l’extérieur à l’intérieur. Il n’y a plus de blanc dans lequel me vautrer. Plus de vide à épouser. Plus d’oubli.
Ce soir est soir de cogitations.
Dans le restaurant de l’hôtel de l’Europe, les couteaux toujours retournent leurs dents vers le ciel. Un truc de designer. Je voudrais marcher sur le dos, et ricaner à dents déployées.
A la table devant moi, de profil, un homme seul observe le petit pot de fleurs où fleurit une orchidée jaune à pois couleur de sang. Il l’approche de son visage, le tourne, le repose, le regarde encore, puis il joint les mains, coudes sur la table, et ferme les yeux. J’ai touché la fleur, j’ai la même devant moi, j’ai caressé le pot. Tout est faux.
Ici, les hommes de plus de cinquante ans ont tous de la bedaine. Je me demande s’ils sont plus gentils que ceux du même âge qui ont le ventre plat.
Cet après-midi, j’intervenais à l’université de Mende, antenne de Perpignan. Les étudiants en face de moi viennent tous de Chine, de la province du Guizhou. Souriants, jeunes, bruns. Deux garçons pour neuf filles. Je n’ai pas eu le temps de déjeuner pour arriver à quatorze heures. Une heure vingt de trajet, avec les déviations, les travaux de réfection des routes après les violents orages, les épisodes cévenols, comme disent les météorologistes. Et mon cours parlait de restaurant, de gastronomie. J’ai bu deux cafés à la machine du rez-de-chaussée.
Quatre heures plus tard, la nuit était tombée et je reprenais la route pour Marvejols, hôtel de l’Europe.

Texte et photo (juillet 2012) : Marlen Sauvage

(à suivre)
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Quand j’étais enfant il existait une série télévisée intitulée Médecin de campagne… Le médecin était une femme et la campagne alors ressemblait à celle où je vivais dans la Drôme. Depuis que je sillonne les Cévennes pour animer ici et là des ateliers d’écriture, je ressasse l’idée d’écrire une série de souvenirs arrangés autour de ces allées et venues.

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