Réminiscences

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Le Concerto pour piano n°5 de Beethoven tapi dans les microsillons grinçants de trop d’écoute comme une lame venue du large charriant une mémoire enfouie un désir de bataille une colère qui galvanisait ses quinze ans et brisait l’ancre de l’enfance ; les pieds nus sur la lauze dans le frais de septembre à l’heure où le chevreuil descend le pré, juste avant de méditer dans le calme de la clairière ; la décharge électrique dans le corps qui tombe à genoux et la plainte lancinante des ligaments déchirés ; l’étreinte amicale de celle qui a vécu tant d’autres écueils que la situation ne requiert aucun mot sauf la tendresse ; la sonorité du patois trouant son français impeccable vibrant d’un temps ancien qu’il n’évoquait que d’un mouvement d’épaule ; l’effroi dans le cri de la femme au bord du précipice quand la roue tombe dans le vide et que la voiture menace de s’y fracasser ; les cloches de l’église au village distant d’un kilomètre qui chargeaient le vent de leur écho funèbre le jour de l’enterrement de la bergère de seize ans ; la complicité des regards dans un battement de cils, les battements du cœur dans l’évidence joyeuse de la reconnaissance, la trace du passé dans le visage d’un nouveau-né, l’éclatante revanche de la jeunesse sur toutes les vieillesses vides, la fulgurance poétique de la vie dans le frémissement du corps saisi par l’intensité de l’instant.

Texte & photo : Marlen Sauvage

 

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