Carnet des jours (25)

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[Sans doute ai-je l’impression, à cultiver ce décalage, de ne plus parler vraiment de moi…]

Le mardi 5 septembre, à rebours
Depuis notre arrivée à Guérande vendredi 1er, c’est la fête ! Anniversaire oblige… Jo nous régale et nous allons de restau en restau… Vendredi et samedi soir chez Oleg. Contente de découvrir l’antre du filleul, sa collection de bières, de whiskeys, de vins… (Les vins d’Oleg, une bonne place ! Un peu de pub pour les Guérandais !) Retrouvailles avec la famille locale et connaissance du petit dernier, Simon, un amour de bonhomme, bon, il n’a que deux mois, je crois ! Dimanche, Auberge de Breca où je choisis un blanc-manger de chou-fleur, son guacamole et tartare de haddock avec une mousse aérienne… harmonie de la cuisine traditionnelle et de la cuisine moléculaire… Délicieux. Pendant ce temps, la tablée mangeait un excellent foie gras. Suite plus traditionnelle mais réussie avec un dessert de crème citronnée et d’agrumes. Brasserie le dimanche soir avec Alain et Aimée arrivés vers 19 h, foie gras, cabillaud sur tagliatelles et île flottante, le dessert de mon enfance, je le préfère toujours à tous, et je me dis à chaque fois qu’il n’a pas le goût de celui de ma mère. Dernier soir, hier lundi, repas de galettes extra dans Guérande intramuros, au Logis. Toute cette débauche de menus me rappelle Pontormo et son autobiographie centrée sur ses repas et états du corps !

Retour en voiture avec P. et B. vers la Drôme. Je m’occupe à l’arrière à photographier un de mes pieds sur la vitre. Impression de marcher sur les nuages.

J’ai enfin compris le fonctionnement des cannes anglaises et de l’intérêt de s’appuyer sur la béquille opposée à la jambe malade. J’observe plus tard dans un film que l’acteur n’a pas été briefé et qu’il s’appuie du mauvais côté !

Depuis le 15, dans le désordre
Séances de kiné à la maison après avoir vu deux fois dans la Drôme le magicien de Brigitte qui travaille sur les énergies et qui m’a remise sur pieds, sans cannes, en deux séances de deux heures. Glace et repos tout de même mais entre les deux, je tiens debout.

Aucune inspiration pour la proposition n° 5 de François Bon… Tenté un récit puéril et rassis.

Je n’écoute plus la radio. Le ciel me suffit.

Les ouragans se succèdent ailleurs. On ne peut pas vibrer de frayeur à une telle menace tant qu’on n’a pas d’enfants vivant sur une île.

J’ai regardé 6 séries de Game Of Thrones puisque les circonstances s’y prêtaient. Surprise d’être accroc à cette saga, un peu trop gore à mon goût, mais je ferme les yeux les trois quarts du temps pour suivre les intrigues du pouvoir, les jeux d’alliance et tenter de faire des hypothèses dans cette masse de personnages et de lieux, depuis le temps que l’on m’en parlait. Stef n’a pas accroché ni K. Mon grand âge sans doute…

Vaccin antirabique pour les chats. Les emmènerai-je au final ?

Le 25 septembre
Atelier d’écriture en vidéo, tout se passe bien, sans coupure ; trois heures et quelques heureuses.

Le 28 septembre
Rodez pour le musée Soulages où m’emmènent Eva et Pascale. Le temps est de la partie. Bien calée à l’arrière de la voiture, je dialogue avec la gentille chienne assise derrière moi et qui me cajole de temps en temps, son long museau dans mes cheveux. Je retrouve les premières peintures de Soulages que j’apprécie bien plus qu’il y a quelques dizaines d’années… Découvre ses lithographies, et ses sérigraphies, et ses eaux-fortes ! En revanche, toujours captivée par son « outrenoir » que je capte doré avec la lumière du dehors ! Magique Soulages. Le long d’une immense toile, sans la quitter du regard et tout en sautillant, je m’émerveille de ce qui se passe sous mes yeux, une émotion venue de très loin me traverse et je refais le trajet en sens inverse pour le bonheur de la ressentir encore, c’est une étreinte qui me tire les larmes pourtant. (Les photos sont telles que je les ai prises, non retouchées.) Je lis dans un entretien qu’a mené Charles Juliet avec Pierre Soulages que ce dernier préfère les tableaux pris sur leur mur d’exposition : « Habituellement, la reproduction d’une toile est un rectangle impeccable sur le fond blanc du papier.  Ces reproductions m’ont toujours choqué : d’abord on ne voit jamais une peinture sur un fond blanc de cette nature-là. / Je crois moins trompeuse la photographie du mur où la toile est présentée. Cela évoque mieux qu’une reproduction banale, la qualité d’objet du tableau, son échelle, sa dimension. » *

Nous enchaînons sur l’expo temporaire avec Calder et ses sculptures, mobiles, tableaux dont j’aime toujours autant les couleurs et le côté ludique. Il y a pléthore d’enfants venus avec leur institutrice. Ils chuchotent devant les dessins, pointent leur crayon, prennent des mesures, se questionnent… Le musée miniature me fascine. Toutes ces trouvailles avec un fil de fer ou un bouchon ! Déjeuner chez Michel Bras. Pétales de fleurs, senteurs subtiles et craquant d’une tartine façonnée comme une feuille de…  carton. (Au passage, merci encore à toutes les deux, Eva et Pascale !)

« Un mobile est un poème qui danse avec l’allégresse de la vie et de ses surprises. » Alexander Calder

Et puis dans les rues de Rodez, une petite expo « Objets cachés » dans une ancienne menuiserie, où nous souhaitions voir la Collection particulière de Philippe Guitton, mais en raison d’une répétition de théâtre, nous sommes contentées de quelques dessins, carnets et toiles…

Le 30 septembre
J’allume la radio. Un élu du Modem est l’invité d’Inter, on parle de la ratification du CETA et je réalise que cela m’est étranger absolument, aucun intérêt ce matin et depuis si longtemps pour cette politique lointaine qui finit toujours par saper un peu de vie quelque part.

Texte et photos : Marlen Sauvage

*Entretien avec Pierre Soulages par Charles Juliet, L’échoppe, 1990.

 

 

5 réflexions sur “Carnet des jours (25)

    1. @Solange Vissac Il existe un tout petit livre publié au Temps des Cerises, par Roger Vailland intitulé « Comment travaille Pierre Soulages », très intéressant, avec en 2e partie le texte de Vailland qui défend le travail de Soulages au moment de son « procès », paru dans un mensuel communiste en 1962. A lire aussi !

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