Carnet de voyage (Sud tunisien 1)

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27 décembre 2017 – 4 janvier 2018
Le désert m’appelle, j’y serai bientôt. Pas de Facebook, pas de connexion, mais un fil tendu entre nous, et qui passe par les yeux… Je regarderai intensément, me dis-je.
Attente longue à l’aéroport de Tunis du groupe d’Italiens qui participent au voyage, A. est avec Sabrina pendant que je repose mon genou. Près d’une heure trente plus tard, les voici… deux ou trois m’abordent… en français… Mais bientôt je me retrouve avec S. et je me lance dans cette belle langue si peu parlée ces dernières années !
Soirée-repas et conférences à Sfax, chez un professeur de littérature française qui a ouvert un centre culturel dans sa maison. Club de lecture pour enfants, rencontres avec des étudiants de l’Afrique subsaharienne, événements divers… La bibliothèque est immense, son propriétaire veut la déplacer à la fac pour ouvrir ici un atelier d’art. Il nous raconte l’histoire de son père, dissident, partisan du Destour, anti-Bourguiba, que l’on a tenté en ce temps d’assassiner deux fois. Moment d’émotion quand il ouvre le cahier rouge où sont notés – pour chaque prénom donné à ses frères et sœurs – une prière et l’explication du nom de chacun…

Suivent deux interventions, l’une d’un étudiant prof de français en lycée qui préside une association culturelle éducative « qui concerne toutes les générations », puis un prof de génie mécanique qui en 2012, a créé un « rassemblement de têtes pour être utiles à la révolution »: la Ligue de La Défense de la Révolution… Ils développent des projets dans la région de l’Ayn, avec l’aide du PNUD, travaillent à la vulgarisation de la constitution tunisienne, s’engagent dans l’éducation durable et environnementale, et depuis 2014, tentent de prévenir radicalisation et migration en aidant les jeunes d’une région caractérisée par la violence et la délinquance, à se former à des métiers de bouche ou de service. Petit tour dans la bibliothèque. Nous faisons la connaissance de Raouf Karray, illustrateur-graphiste, ami du maître de maison, dont nous admirons quelques albums.

marlen-sauvage-raouf-karrayExtrait de l’album « Grandir » de Raouf Karray et Abderrazak Kammoun

La soirée se termine dans la danse et les chants aux sonorités langoureuses et enjouées, avec un groupe de musiciens. L’occasion de rire ensemble, de regards complices, d’écharpes échangées à s’enrouler autour des hanches, de youyous intempestifs… Et nous regagnons notre hôtel vers minuit… qui se trouve être le premier hôtel où j’ai dormi lors de mon tout premier séjour en Tunisie.

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28 décembre
Petit-déjeuner et départ quelque peu retardé… Nous attendons sous le soleil de Sfax dans une atmosphère déjà laborieuse. Ici, dans la deuxième ville tunisienne, poumon économique du pays, la circulation est pire encore que dans la capitale. Je donne un coup de main à Sabrina pour nettoyer les vitres arrière des minibus tandis quelle pose les affiches du prochain festival international du Sahara qui se tiendra à Douz du 28 au 31. Finalement nous démarrons avec 25 minutes de retard sur l’horaire prévu (une broutille au regard de nos « quarts d’heure » locaux) dans la musique de Cheb Mami. Direction l’oasis de Netfta, près de la frontière algérienne, au nord du Chott el Jerid, à la limite du Grand Sahara. Nous allons traverser le pays d’est en ouest en passant par Gafsa…

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Le Grand Sahara, frontière naturelle entre Afrique noire et Maghreb, pays des hommes bleus. Ici ce sont les hommes qui couvrent leur visage… « Les « Amazir » [et non les Berbères – barbares – nom donné par les Romains] sont un peuple sédentaire qui vit sur la côte nord de l’Afrique du nord, au contraire des Touaregs qui sont nomades. » Pour notre plus grand bonheur, A. déroule un pan de l’histoire du pays (2 Italiens nous ont rejoints), les mains sur le volant, tentant de rattraper les trois minibus devant nous. Nous apprenons tout de la cité de Tyr, de la fondation de Carthage, de la technique des Carthaginois pour protéger les navires, du conflit entre Carthage et Rome, des guerres puniques, de l’histoire d’Enée et de Didon… Pour A., Alyssa-Didon, préfigure la femme tunisienne, son intelligence et son charme enjôleur. Nous apprenons ainsi (moi en tout cas) que Carthage fut une république dotée de la première constitution écrite de l’Antiquité.

marlen-sauvage-route-de-NeftaSur la route de Gafsa

marlen-sauvage-olives-NeftaSur la route de Gafsa – Vendeurs d’olives

marlen-sauvage-petrole-NeftaSur la route de Gafsa – Barils de pétrole, à vendre !

Trafic entre Libye, Tunisie, Algérie… 40 % de l’économie est due au marché noir à travers le pays…

Le paysage change. Carrières de gypse (gesso) et phosphates, moins de vert, davantage de minéral. Depuis notre arrêt dans un village, nous arborons sur le pare-brise de la voiture l’affiche du festival, histoire d’être reconnus comme faisant partie du convoi. (Nous apprendrons plus tard que notre trajet a été remis aux autorités policières du pays.) Sur le bord de la route, des oliveraies dans la terre ocre. Des silhouettes voilées manipulent des filets verts… Des carrioles tirées par des ânes sillonnent la grand-route. Les troupeaux de moutons pâturent ici et là. Les figues de barbarie ponctuent le paysage, arête verte et rouge qui nous sépare de l’étendue aride.

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Arrêt technique au milieu de dattiers. Partage de gâteaux locaux. Photos. Sourires. Je ne connais pas encore tout le monde, mais je tente de mémoriser quelques visages et prénoms.

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Sur les coups de 13 h, nous arrivons en vue de bâtisses pour la visite d’un atelier de tissage, de fabrique de tapis (mergum, spécialité de Gafsa, mais aussi de kilim) dont Sabrina nous raconte l’histoire et les techniques, ainsi que les symboles. C’est là que nous déjeunerons.

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marlen-sauvage-borghoulBorghoul, au menu… Le plat s’appelle « berkoukich »

28 décembre (suite)
Après le repas, nous filons dans un quartier de Gafsa, aux poubelles à ciel ouvert, parmi des bâtiments de brique rouge pour la plupart en construction… Destination : un atelier de tissage de haute-lisse où travaillent exclusivement des femmes. Le lieu est minuscule, caché derrière une porte quelconque. Un grand tapis de 2 m sur 3 m coûte 750 dinars… à diviser par 3… pour obtenir le prix en euros. Quelques Italiens se laissent tenter.

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La végétation se raréfie. Petits buissons ras et au loin des djébels traversés par de grands sillons. Un arbre ici ou là, rare, sur le bord de la route. Un ciel immense et chaud encore à 16h30. Metloui, dans le bassin minier, bordé d’arbres chétifs et nombreux, d’eucalyptus poussiéreux… les échoppes se succèdent, les garages, les cafés où seuls boivent et discutent des hommes autour d’un verre de thé, des mobylettes traversent la route en dépit de tout code de la route, un grand resto Hôtel Helja, un homme et sa carriole tirée par un âne marron, un vendeur de merguez sur la rue principale, un pick-up plein d’oranges et de pommes de terre, un vendeur de deux-roues, une station Agil et la rue principale qui s’étend encore alors que nous rattrapons notre guide qui roule comme un fou depuis ce matin.

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Les montagnes sont de phosphate… découvert par les Français, me rappellent A. Là, plus de végétation, mais un paysage couleur de sable et le soleil qui se couche et réchauffe les ocres jaune, renforçant la vision d’un désert déjà.
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A Sabaa Abar, photo du soleil !

Nos guides ont prévu Nefta au programme du jour et nous repartons dare-dare dans cette direction. Mais alors que la nuit tombe, nous tombons nous-mêmes dans un embouteillage causé par un mariage !

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Sabrina descend de voiture, discute avec celle que je crois être la mère de la mariée, et nous nous retrouvons happés par la foule une fois descendus de nos véhicules respectifs, une trentaine de touristes au milieu de dizaines de Tunisiens qui dansent, font péter les fusils en pleine rue, chantent et nous sourient.

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Tout cela se termine dans une maison (pour les femmes au moins), assises par terre sur des coussins, entourées de jeunes femmes qui nous peignent des motifs au henné dans le creux des mains. Deux jeunes filles, deux sœurs, sont à mes genoux, se présentent, nous échangeons nos numéros de téléphone (elles aiment parler français, nous nous téléphonerons une ou deux fois dans les jours qui suivent), et elles m’entraînent ensuite sur le lieu du repas où l’une d’entre elles me glisse dans la bouche un morceau d’omelette épaisse et moelleuse ! Mais il faut repartir et tout le monde s’engouffre de nouveau dans les minibus pour atteindre notre hôtel du soir que nous atteignons à la nuit tombée… où la climatisation se déclenche toutes les trois minutes… mais elle est si belle avec ses arcades et ses moucharabiehs… Repas puis conférence sur le soufisme animée par A. (Car nous avons visité une zaouia, lieu de prière soufie, sur notre route du jour.)

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(à suivre)

Texte & photos : Marlen Sauvage

 

 

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