Construire une ville… – Trois obstacles

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Seule devant la façade sous les trombes d’eau, la tête en l’air vers les fenêtres, la robe légère collée au corps, les bras ballants, toute la mauvaise conscience de l’adolescence bridée, entre les grondements de l’orage, la musique du bal, aucune entrée que par cette montée d’escaliers, quatre pas sur le balcon, à gauche, la porte, attendre dans la verrière refuge ?, jeter un œil à travers les carreaux épais, tourner la poignée ronde, refus… Une soirée sombre ou bien un matin de mauvais temps, le monde dans la cuisine au buffet blanc, était-ce l’hiver ?, se collait-on au poêle à mazout ?, l’air qui vibre, c’était qui ce monde, ces têtes de bal masqué ?, la discussion qui s’envenime, une trace de désespoir, un silence de glace qu’on écoute de l’autre côté de la porte, des hurlements, la mémoire béante, bien plus tard, l’impact de deux balles dans le plafond Assise au frais de l’ombre du figuier, sur le béton du bassin carré, casser des amandes avec un caillou, dans le ciel, un avion passe et emmène l’enfant, elle n’a aucun souvenir de ce que c’est un avion, dedans, elle part, à dix mille mètres au-dessus de cette cour blanche, elle regarde la fillette casser des amandes. 

 

Texte et photo : Marlen Sauvage

Un texte écrit pour l’atelier d’été 2018 (Construire une ville avec des mots) de François Bon sur le tiers-livre. Pour chaque auteur(e), une page… et un oloé

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