Construire une ville… – Sans vous

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Entre chien et loup flottent les ruelles pavées, les routes goudronnées, les façades, les jardins, les toitures, les bancs semés le long des rues, les ronds-points déserts, les arrière-cours ; jusqu’à la chapelle et au cimetière, et avant à travers les immeubles bas, une brume s’alanguit et tout répugne à s’installer dans l’immobilité de la nuit ; ça sombre pourtant dans un dernier éclat de lune ou une fenêtre qui s’éteint, ça se gris-noir sous le ciel plombé ; enfin le trottoir s’ajuste aux voitures, les boîtes à lettres s’ancrent dans les murs ; les platanes soufflent leurs litanies de feuilles, c’est l’heure où moucherons et moustiques tourbillonnent ; l’appel d’un chat-huant angoisse les ténèbres, les cyprès s’agitent en rangs serrés, un bruit de pas quelque part, puis de nouveau le silence menace, en vain, tout fêle et se fissure, noir sur noir, craque, hors et dans les maisons, entre les pierres, entre les tombes, gerçures d’ébène, aucune paix, ça chuchote, ça murmure entre les murets, ça court au bas des haies, ça effraie les bêtes, ça bruisse, ça crevasse le temps, parmi les ombres suspectes, douloureusement, percent des voix absentes ; mystère des fissures profondes, inquiète consolation des vivants.

Texte et photo : Marlen Sauvage

Un texte écrit pour l’atelier d’été 2018 (Construire une ville avec des mots) de François Bon sur le tiers-livre. Pour chaque auteur(e), une page… et un oloé

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