Construire une ville… – Mise en questions

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Et finalement une ville -– une maison -– serait-elle la clé de l’histoire. En aurais-je la clé ou n’est-ce pas une question de clé. Et si pas de clé, quoi d’autre. Que chercher sous les pierres, dans les arbres, derrière les façades, sous les fondations, dans les caves mérovingiennes et dans le cours d’une rivière, sur un pont roman et le long d’une digue. Au commencement, pourquoi un lieu plutôt qu’un autre. Vers quel autre celui que j’avais choisi conduisait-il qui n’était inscrit nulle part. Que recelait la maison perdue dans l’absence de ville. Que racontait-elle des villes à venir. Pourquoi tant de maisons, tant de villes. Pourquoi Bures-sur-Yvette plutôt que Pierrelatte. Pourquoi Toulouse plutôt qu’Avignon. Pourquoi Chilly plutôt que Tarbes. Pourquoi La Celle-Saint-Cloud plutôt que Saint-Arnoult. Pourquoi Molezon plutôt que Montsoult. Pourquoi pas Montréal ou San José ou Monastir. Pourquoi partir. Est-ce à cause de Wetzlar, d’Arzew, de Marburg. Descendre le temps et la géographie. Arpenter l’histoire des autres pour mieux comprendre la sienne. Laisser venir le texte. Vers où, le texte. Faut-il savoir toujours. Ne répondrais-tu pas non à la question, toi. Vers un flou salvateur. Comme celui de ton regard qui s’égarait dans tes réminiscences et ne voyait plus rien de ce que ta voix racontait. Mêler la tour de Randonne à celles de la Défense. Verser des années entières de l’une dans l’autre. Attendre à genoux près de l’eau que le fluide remonte. Se réveiller encore dans les marais sans avoir su la veille où l’on plantait sa tente. Encore traverser le mail, encore suivre ta trace sur les vitres des centres commerciaux, te voir démultiplié dans les reflets kaléidoscopiques, poursuivre ou être poursuivie. Tendre l’oreille. Retrouver ta voix. Etait-ce à cause de cet été. De cette petite route de campagne terminus Cairanne un mois d’août. A quelle fêlure du temps devais-je cet engloutissement. Qui l’avait décidé. Tout cela remontait-il vraiment à cette maison-là dans cette absence de ville.

Texte et photo : Marlen Sauvage

Un texte écrit pour l’atelier d’été 2018 (Construire une ville avec des mots) de François Bon sur le tiers-livre. Pour chaque auteur(e), une page… et un oloé

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