IPad, vol de nuit…

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Photo ©Stef Heendrickxen – Justin au Poisson Blanc.

Nuit difficile à ressasser tout ce que j’ai perdu après le vol de mon IPad. Je ne regarderai plus en boucle les vidéos de Sacha, trois ans, à qui sa maman expliquait la course du soleil dans le ciel de La Réunion. Lui, les bras en l’air, les sourcils interrogateurs, sa voix de petit bonhomme qui pensait avoir tout compris, son soupir quand il réalisait que non… Je n’écouterai plus le maloya sur lequel il dansait avec Souleyman, le grand frère musicien qui frappait sur son rouleur comme un grand de cinq ans… La nuit, dans un demi-sommeil, les voix et les musiques se mêlaient aux mots jetés sur la tablette à l’écoute des vidéos de l’atelier d’été, aux photos de la dernière randonnée à Aïn-Draham et Tabarka dans les pas de saint Augustin, aux virées plus lointaines dans le lac du Poisson-Blanc avec l’autre petite famille, québécoise, aux berges de l’Aygues et aux épices de Nans… La nuit, je me retrouvais dans le lieu du vol, tandis que la foule avait enfin quitté le wagon et que je discutais avec un jeune homme des similarités (il n’y en a guère, en dehors de l’afflux aux heures de pointe) entre le métro parisien et le métro tunisois et surgissait alors le visage d’un môme d’une douzaine d’années peut-être, accompagné de quelques autres, je revoyais sa mimique adressée à ses copains, à l’arrêt qui était le mien, j’entendais ce « madame », venu de l’obscurité, auquel je n’ai pas prêté attention, inquiète de ne pas retrouver mon chemin jusqu’à la résidence éloignée. Voulait-il me rendre ma tablette moyennant quelques dinars ? je ne sais. Cette image et cette voix, je ne la voyais, je ne l’entendais que parce que la nuit me la rendait visible, audible. Elles avaient existé. La nuit, tout prend une ampleur démesurée… quels codes avais-je inscrits là qui me vaudraient quelles surprises…? Quels noms et quelles adresses avais-je mentionnés ? Il fallait se réveiller pour remettre les choses à leur place : le code de la valise, certainement, et les autres tellement cryptés que, je l’espérais, nul ne pourrait les décrypter… Des noms de vétérinaire, de notaire, sans intérêt, d’écrivains, qui ne diraient rien au voleur ! Mais toutes ces notes de lecture, ces références, ces idées d’ateliers… et je décidai de revenir au petit carnet ligné ou non, Moleskine ou non, toujours à disposition dans le sac, qui rejoindrait finalement les dizaines d’autres que ce blog n’avait pas réussi à me faire abandonner quelles qu’étaient mes dispositions il y a une douzaine d’années…

marlen-sauvage-Tabarka

Tabarka. Photo : Marlen Sauvage

 

6 réflexions sur “IPad, vol de nuit…

  1. Oh je suis profondément désolée pour toi Marlen ! Combien de souvenirs perdus ainsi, dont la tablette était la gardienne…
    Il est vrai que les carnets sont moins attirants pour les voleurs, mais les vidéos familiales n’ont pas de prix !

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