Eyes wide shut…

les porcelaines

J’ai lu hier Les yeux brodés, de Pauline Sauveur, à la faveur d’une soirée de solitude et de répit. Je connaissais d’elle 3 nouvelles (de) maisons (beaucoup aimé aussi). Ici, une écriture tout actuelle pour raconter des choses simples de la vie, l’enfance et ses blessures, ce qui les ravive, ce qui effraie, ce qui rend heureux, ce qui encombre, ce qui s’en va parfois avec l’eau du bain, à tort ou à raison, autour de la question, toujours au cœur, de l’existence. Une écriture libre, joueuse, qui nous parle à l’oreille, qui m’a touchée au ventre, sans doute parce que si tout n’est pas limpide (enfin, pour moi, et c’est la première qualité d’un livre et d’un récit tel que celui-ci, en tout cas, je crois !), je m’y suis retrouvée souvent, saisissant l’essentiel derrière les images, les mots décousus, ou brodés comme les yeux avec lesquels la mère du récit observe le monde pour mieux le voir, pour mieux s’en échapper peut-être aussi. Et d’ailleurs elle y parvient, elle décolle et nous abandonne dans un jardin d’amour où il ne nous reste qu’à pousser la vieille grille pour découvrir ce qui s’y cache.
Comme ma commande comptait parmi les 30 premières, j’ai eu droit en plus, à un tirage de la photo de couverture, superbe…

Extraits

« Le vent dans les arbres, leurs grands bras aux gestes lents, leur bruit d’océan. Assise, encore, j’évite un temps les mouvements. Je reste sans voir, j’attends, j’attends sans bouger le temps de m’habiter de m’habituer de calmer les remous. On ne peut pas tout changer comme ça il paraît, que c’est normal et que c’est tant mieux, il paraît. On ne peut pas évoluer trop vite, n’est pas en pâte à modeler qui veut, instinct de survie, faut du temps pour se faire les dents.

Côté jardin, je reste à réorganiser.
J’entends l’herbe pousser les nuages avancer.
Ma place pour rien au monde.
Je regarde le sang s’affairer sans moi je nage dans mes pensées éloignées.
Pourtant, je me rappelle avant je savais. »

« Les vaillants amants se faisaient face délaissaient l’affaire s’accordaient tout leur temps. Ils se reconnaissaient, comme depuis longtemps, avec bonheur. Leurs souvenirs entremêlés les accompagnaient, frémissant sous la peau. Elle goûtait chaque morceau du corps donné. Il dégustait ses caresses appuyées et ses baisers. Un baiser délicat s’envola né au creux du cou, cette étendue de peau fragile, croisée de tous les chemins menant à Rome.
La vieille grille voyait grandir le désir vriller sans limites puis s’épancher doucement à ses pieds. Les corps se retrouvaient, couvés d’un regard partagé, le moelleux avec le moelleux les lèvres avec la peau les os entre eux s’en frottaient les mains.
Ça ressemblait aux deux tartines bien grillées de ce matin sur la table sous la treille un peu plus loin. Chaud pareil. »

Pauline Sauveur, Les yeux brodés, ©Jacques Flament Editions, 2018.

 

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