Carnet des jours (32)

[Sans doute ai-je l’impression, à cultiver ce décalage, de ne plus parler vraiment de moi…]

Mars 2018
Première semaine. LE déménagement en vue. Le dos qui tiraille, les nuits sans sommeil, pour le jour J, après avoir mobilisé la famille A., me retrouver handicapée par un lumbago. Qu’à cela ne tienne, les camions sont loués, en route à 6 h du mat’ pour les Cévennes où j’assiste au déplacement des cartons, des meubles, des plantes, allongée dans une couverture, shootée à je ne sais plus quel médicament… et la matinée passe ainsi entre deux états. Quitter une vie pour on ne sait trop laquelle, dans le coma.

Deuxième semaine. Report de la signature de la vente. L’angoisse jusqu’au bout de ne pas vendre quand je me suis engagée ailleurs. Ne pas avoir été capable de tout larguer, de me départir des livres, des meubles, de la vaisselle, puisque j’emporte si peu. Une vie dans 20 ou 30 m3… Ne te plains pas, d’autres n’ont rien. Mais justement. Un sac à dos, j’en rêvais. L’occasion ratée. Six mois au Québec. Six mois à La Réunion. Pas le cran. Je me déteste. Et puis je me rassure. Besoin de murs autour de moi. Je vieillis.

Troisième semaine. Je dois y retourner. Nous signerons le 24 pour finir. Nettoyer la maison, emporter les derniers cartons, décrocher une barre de rideaux, un cadre… Fourrer un bric-à-brac encore énorme dans le coffre de la voiture. Heureusement E. et P. m’ont accueillie dans leur maison chaleureuse qui surplombe celle-ci. Le matin de la signature, je filme leur jardin, la châtaigneraie, le vol des oiseaux, la toiture de la maison de Noé, le temps est clair. Finissons-en.

Dernière semaine. Toujours les séances de kiné pour les séquelles de l’accident d’août dernier. Une bonne âme m’instruisait encore du pourquoi de cet accident de genou, « je » « nous »… Un autre l’explique par mon prénom, Gérard Athias est passé par là… Heureusement, un atelier un mardi sur deux. Mon oxygène. J’apprends par A.  la mort de Lucie le 30, 92 ans, à peine avait-elle quitté son havre monastirien pour Marseille. J’ai son écriture dans mon agenda où j’ai indiqué entre parenthèses (sœur libanaise rencontrée le 25/12/2017 à Monastir). Je me souviens de cette rencontre, de ses au revoir répétés, quand à la troisième fois, en m’embrassant, elle me disait ses prothèses de hanches et de genoux, « je n’ai plus rien en haut » en montrant sa poitrine absente et « j’ai un cancer de l’œil droit, mais debout grâce au Seigneur. » J’avais admiré cette foi. Comme il faut fêter la vie, nous allons dîner à la Charrette Bleue pour l’anniversaire de A., avec B. et P. après une montée vers le saint Laurent et les vautours.

NB : Notes de mémoire. Et aucune photo. Tout était dans l’iPad volé.

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