Carnet des jours (34)

[Sans doute ai-je l’impression, à cultiver ce décalage, de ne plus parler vraiment de moi…]

Vendredi 1er juin 2018
Lever vers 8 h après une nuit très agitée. Le stress du retour sans doute. Météor. Gare de Lyon. Arrivée à Montélimar vers 14h30. Clé de l’appart. Et retrouvailles avec Aubres et tous ses habitants, chats compris.

Samedi 2
Départ de B et P pour l’Italie ce matin. Quatre œufs chez les poules.
Achat d’un cahier rouge, superbe, pour mes notes de chaque jour, le fameux chrono dont j’ai du mal à me défaire, oublié durant ces six derniers mois. Qobuz me joue des tours. Je ne sais plus télécharger la musique d’Arvo Part pour K.
Bain de soleil sur l’herbe. Une heure de farniente, de lecture. J’ai terminé ce soir Miniaturiste offert par Cathy lors de notre rencontre parisienne il y a trois jours. Envoûtant. À recommander pour s’échapper du quotidien. Une heure de balade le long de l’Eygues, sur le chemin du Crapon. Croisé cyclistes, quads, promeneurs. Je remercie le cosmos pour tout ce qui m’arrive de beau dans cette vie. L’air embaume le tilleul. Gros orage le soir une fois couchée et j’aime cela.

Dimanche 3
Café dans mon lit. Feuilletage de l’actualité FB. Des trouvailles, des sourires. Gwen Denieul que j’écoute yeux fermés avant de regarder ses images. Pour la voix et ce qu’il transmet de sa pratique d’écriture, tellement habitée, tellement éprouvée.
3 fraises dans le jardin, 4 œufs chez les poules, 1 poule couveuse qui s’enfuit du nid, attirée par la nourriture des autres. Pourtant je lui sers la même ! 6 œufs dans son panier… Autant de doryphores sur les feuilles des aubergines. Régal des poulettes. Alerte orange aux orages dans la Drôme comme dans 47 autres départements. Skype avec Stef et Justin. La douceur québécoise. 

Lundi 4
De la pluie encore et 5 œufs chez les poules. Le kiné ne serait pas content de savoir que je me tords la cheville juste en sortant de chez lui. C’est la journée des règlements. Je retrouve mes repères avec mon chrono, comme c’est stupide de n’avoir pas voulu ouvrir un énième cahier… Pourquoi ne pas accepter ce que je suis ? Une femme qui remplit des cahiers. Balade d’une heure sur le coup de 17h30 en espérant passer entre les gouttes. Pari gagné. Je me bats encore avec Qobuz pour ce fameux Adam’s lament

Mardi 5
Soleil soleil et levée tôt. Un seul œuf ce matin. J’y retournerai ce soir ! On veut toujours plus une fois l’habitude prise, sans se soucier du repos des poules ! Elles sont pourtant censées ne pondre que 200 œufs chaque année. Travaux administratifs toute la matinée. Balade d’une heure où je tente de courir un peu, mais si peu. Une couleuvre, du moins je l’imagine, rampe tout près de moi sur le macadam. Pas eu le temps de voir sa tête mais à la longueur de la bestiole, j’opterais pour une couleuvre. Ce qui me fait penser qu’hier alors que j’étais pliée en deux pour récupérer de ma course, la sensation d’être observée m’avait fait lever les yeux en haut du pierrier où se tenait un chamois à la robe marron glacé, nous nous sommes regardés immobiles durant 45 secondes (j’ai compté !) avant qu’il ne se sauve dans le bois de chênes. Quelle beauté ! Lecture d’Hildegarde de Léo Henry, ce qui m’amène à consulter des sites sur le Moyen Age, et notamment celui-ci fort intéressant, créé par des doctorants à La Sorbonne. Actuelmoyenage.wordpress.com Atelier d’écriture cisaillé par l’orage. Nous finissons par nous voir pour la toute fin et une lecture toujours aussi époustouflante de son texte par Stéphanie (Rieu). [qui n’est pas le texte présenté ici !]

Mercredi 6
Kiné, cinéma Trois visages de l’Iranien Jafar Panahi, avec Maïté. Superbe. Je pense à Abbas Kiarostami, pour la lenteur. Une société en images à travers une situation tragique. Il a encore plu tout le jour.

Jeudi 7 
Tri de vingt ans d’archives administratives. Au final, huit boîtes supprimées. Une grande sensation de légèreté. Visite de touristes intéressés par  » le potier « . Des gens du Nord. En l’absence de Julien, je m’improvise agent du neveu et commerçante. Ils repartent après moult compliments avec plusieurs sacs de vaisselle.

Vendredi 8
Dernier voyage de valises et cartons jusqu’à l’appartement, juste avant le kiné. Fringues et objets à la recyclerie voisine. Passage chez P et J. La tondeuse a été vendue ! Skype avec Julie et Sacha. Le petit bonhomme est tellement bavard qu’on ne s’entend pas ! Il n’en finit pas de faire ses petites mimiques drôles comme tout. Julie est ravissante. Notre discussion est une fois de plus à retardement, décalage oblige. 

Samedi 9
Enfin soleil ! Le linge rouge a séché parmi les cerisiers. La journée sera de ménage, de linge, de rangement. A la médiathèque où j’emprunte les livres de Bergougnioux (L’empreinte, L’orphelin) je suis invitée à suivre la conférence d’un libraire. Il propose une vingtaine de lectures pour l’été, toutes sur le voyage et l’ailleurs. Je decouvre des auteurs, je mords à l’hameçon. Seulement 2 classiques pour moi dans ce choix : Grazia Deleda, JMG Le Clezio et en dehors de Milena Agus, que des inconnus ! Tout ce que j’aime. Déjeuner avec Julien, le potier au regard si doux. Nous partageons caillette, roquette et haddock aux pommes de terre. Bref voyage jusqu’à la laverie le temps à B et P de rentrer d’Italie. Jeu de fléchettes avec un engin sophistiqué qui cause ! Je suis en retard de trente-six wagons. Mais enfin aux innocents les mains pleines, je gagne les deux parties ! Niveau débutant. 

Lundi 11
Réveil tôt vers 5 h et puis rendormie pour cauchemarder. Tu étais abordé par deux femmes dont une te regardait intensément, grande, cheveux très très courts, elle te parlait à toi, tu me présentais, elle ne te quittait pas des yeux, tu l’embrassais sur le front, elle cherchait ta bouche, je vous observais, elle s’appuyait contre le mur, tu posais tes deux mains de part et d’autre de sa tête. Blanc. Plus tard je te cherche. Je traverse une chambre où j’aperçois deux formes mais ce sont deux enfants qui rient en comprenant que je les ai pris pour vous deux. Je me réveille avec un sentiment de malaise intense qui durera longtemps dans la matinée. J’écris pour l’atelier de F. B. Virée pour rien chez le vétérinaire qui s’est trompé de date pour la sérologie de Mistinguette. Deuxième texte pour FB. Dehors sur la grande table en bois puisque j’ai fait mon oloé de cette véranda ouverte sur le jardin. Orage, éclairs et grosse pluie en rideaux.

Mardi 12
Kinésithérapeute. Mauvais temps. Je poursuis la lecture de Hildegarde de Léo Henry et commence L’empreinte de Bergougnioux. 

Mercredi 13
RV à la clinique d’Alès. Encore un baso, juste le troisième… Dix points de suture et un œil sous pansement. Trouve un optique pour le Nikon. Je respire. [Et à me relire, m’amuse de la juxtaposition des informations… comme si l’optique était un deuxième œil pour remplacer le manquant…] Ce soir, Trois jours à Quiberon, biopic sur Romy Schneider interprétée par Marie Bäumer, une copie conforme de l’actrice, quasiment… Un très bon moment, pas comme Barbara, de Mathieu Amalric avec Jeanne Balibar… où j’ai failli quitter la salle avant la fin. Ici tout sonne juste, les tourments de l’actrice, sans surjeu, sans chercher à l’imiter et pourtant la ressemblance est si frappante…

Dimanche 17
Alberto Giacometti, The Final Portrait, biopic de Stanley Tucci, avec Geoffrey Rush (qui ressemble comme deux gouttes d’eau à AG), Sandrine Testud… Un Giacometti aux réparties acides, parfois cruel avec sa trop gentille épouse, mais j’ignorais tout du tempérament de cet homme. Ce portrait dit ses tourments… la scène où il brûle ses dessins destinés à la lithographie, qui ont été refusés… [Je remets la main sur les Ecrits de Giacometti, présentés par Michel Leiris, que j’avais acheté dans une autre vie après une expo je ne sais plus où.]

Mercredi 20 juin
Enfin ! Signature de l’appartement… J’ai tellement attendu ce jour que je suis incapable d’enthousiasme. J’apprends chez le notaire qu’il n’y a pas de gaz de ville !!!! Et je découvre en relisant calmement le contrat de vente que l’électricité est à refaire.. Ah ! moi et mes coups de foudre… Soirée chez B et P. Soins infirmiers jusqu’au 26. Je fais la connaissance de femmes sympa comme tout, V. l’infirmière que je ne vois que deux fois me raconte à demi mots sa relation au dernier homme de sa vie, et m’invite à la recontacter pour un café. [De quoi alimenter mes portraits de rencontres… pour les Cosaques !]

Jeudi 21
Journée de déballage. B. vient déjeuner. Comme les plaques de gaz ne sont pas alimentées par le gaz de ville et que je renonce aux bouteilles à monter de deux étages, je cuisine du bar dans le magic Cook offert par ma mother. Tomates du marché et délicieux fromages de Lili, enfin, de Lozère… Je retourne dormir à Aubres, dernière nuit avec les chats qui auront profité jusqu’ici du jardin sauvage. Soirée fête de la musique à la BE avec un groupe de potes. « Rock in chair » nous régale de bons morceaux à danser en effet sur sa chaise faute d’espace ! Changement de crèmerie pour celle des Arcades où la musique techno et la grande place permettent de bouger, batucada entraînante et retour vers le blues-rock du début de soirée où un homme me voyant remuer m’invite pour deux rocks bien toniques !

Vendredi 22
Tentative de monter le meuble de cuisine à trois mais nous déclarons forfait. La bibliothèque est en place ainsi qu’une étagère dans le bureau. Je goûte le grand silence du soir, seule avec mes chats.

Samedi 23
Je me bats un peu avec les murs pour fixer une autre étagère dans la chambre d’amis, rien n’est droit dans ce vieil appart, et je peux enfin vider une quinzaine de cartons de bouquins. Visite du facteur pour un recommandé : moi c’est Christian et je suis le facteur du quartier. Super ! Radio Nostalgie toute la journée pour accompagner le rangement, je n’en capte pas d’autre, c’est un signe ! Mon voisin se présente et s’excuse du bruit qu’il fera, il pose du carrelage ! Terminé la lecture de L’Empreinte… J’y trouve la raison de ma quête de La Gentone : « L’exil est au principe de la connaissance et toute connaissance est un exil. » 

Dimanche 24
Au marché dominical, un bol tibétain en fa m’a choisie. Je le fais sonner avec sa mailloche rouge en bois. Rien que de le regarder, je suis sereine.

Lundi 25
France Musique. La 8e symphonie de Dvorak à 21 h donnée à la Halle aux Grains de Toulouse en février dernier, une rediffusion quand sonne l’heure au clocher voisin. Lumineuse et enjouée. Mon environnement prend tournure. Pierre Sève a trouvé sa place dans le salon, Cédric Vannier et Muriel Vanderschaeghe aussi. La cuisine est presque aménagée. Le matou aux yeux bleus dort sur un coussin rouge et la petite chatounette grise furète partout après avoir jeté un œil par la fenêtre. Je suis heureuse chez moi. Sentiment de bien-être rarement ressenti ces derniers mois.  

Vendredi 29 juin
Cinéma pour deux films géniaux : La mauvaise réputation où Brigitte pleure toutes les larmes de son corps… Une empathie que je trouve démesurée pour le personnage mais la jeune femme a bel et bien existé… Des souvenirs d’enfance qui remontaient sans doute et l’identification fonctionne. Que de blessures, quand même… jamais résolues. Et deuxième film : A woman at War. Absolument déjanté comme le sont les films nordiques, islandais celui-ci, et d’une femme, qui plus est…

Texte et photos : Marlen Sauvage

























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