2019 de A à Z

Asako

Premier film de l’année pour moi le 7 janvier à l’Arlequin. De Ryusuke Hamaguchi. Délicat. Son amour disparaît et Asako trouve le bonheur près d’un autre garçon qui ressemble trait pour trait au jeune homme absent. Rappel d’un moment de vie, du premier amour chargé de promesses et de tant d’illusions, de l’amour à travers le temps, de la fidélité à un certain idéal, de chimères forcément. Bref quelque chose de très universel, empreint de la poésie du quotidien. Et j’aime le cinéma japonais.

Boutikodon

J’ai parlé sur mon blog de ce lieu dans un village voisin qui ouvre ses portes les samedis après-midi ; où tout est gratuit, où l’on donne et l’on reçoit ; où même venu les mains vides, on choisit ce qui nous chante ; on y trouve des fringues, des accessoires, des jouets, des chaussures et… des livres. La dame qui a eu cette belle idée s’appelle Patricia, l’endroit est un morceau de chez elle, une petite pièce voûtée au rez-de-chaussée d’une maison haute, dans une rue étroite de Mollans-sur-Ouvèze.

Chambéry

Le voyage improvisé en février pour rendre visite à un vieil oncle désarmé par la maladie d’Alzheimer de sa femme. Aidant depuis de nombreuses années, formé à l’accompagnement, mais à 85 ans, cerné par la solitude qui le grignote petit à petit. Nous passons un week-end auprès de lui, B. et moi, visitons A., notre tante, au sourire extatique, perdue et si touchante ; mangeons des plats en boîte, des sauces en boîte, de la soupe en boîte… mais nous parlons littérature !

Douleur et Gloire

Du grand Almodovar, avec Antonio Banderas et Penelope Cruz. Flamboyant. Autofiction tournée dans un décor identique à l’appartement du cinéaste qui a prêté ses costumes pour rendre encore plus crédible l’histoire de ce réalisateur, incapable de créer tant il souffre dans son corps, son âme, son cœur. On y parle des premières amours, de la mère (magnifique PC), de retrouvailles… Et comme elle est renversante la scène du jeune maçon ébloui par l’enfant, qui le dessine sur un sac de ciment avant de l’emporter pour le mettre en couleurs chez lui. Empreinte d’interdit, du trouble de l’attirance… un film qui ne parle finalement que de vie et de désir. J’ai adoré. 

Et je choisis de vivre

Le film qui bouleversera mon année et peut-être les suivantes si je décide de mettre en pratique ce que j’aurai appris après la formation d’un an. Celui qui me pousse à adhérer à l’association du Haut-Nyonsais, Chrysalide, qui propose d’accompagner des personnes en soins palliatifs, en longue maladie, en deuil. C’est déjà avec les premiers modules une expérience inoubliable de rencontres, de joie et de rires, de partage de l’essentiel, d’emblée, sans pathos, sans fioritures. Des week-end à Avignon, de la réflexion, des jeux de rôle, des discussions, des collages en commun… une étrange proximité avec ces inconnus d’hier. Un engagement que je m’étais promis de tenir il y a déjà plus de vingt ans, après la mort de mon père, et avant cela, après la lecture du livre de Marie de Hennezel, La mort intime.

Français

Les cours dispensés à mes petites voisines, l’une en première S, l’autre en troisième. Je revisite les plans de dissertation, les argumentaires, je discute avec bonheur de Ponge, Baudelaire ou Molière. Constate avec effroi l’orthographe catastrophique de ces deux jeunes filles, qui lisent pourtant. M’interroge sur l’impact de la nouvelle langue écrite à travers SMS et messages divers, phonétique, qui me rappelle d’ailleurs les cours de sténo (j’en ai oublié le nom) pris il y a des lustres pour aborder correctement la prise de notes en fac et où l’on écrivait juste les consonnes.  Rien ne me dérange dans les « bjr »,
« tinkiet » et les « dsl », je les pratique avec tout mon entourage de moins de quarante ans (et les plus vieux s’y mettent aussi !). Mais si le plus important reste la capacité à défendre un point de vue, une idée, je n’en suis pas moins convaincue que l’approximation en matière de langue écrite coupe de la nuance, de la subtilité, de la compréhension de la pensée. 

Gym

Stretching, plus exactement. Une fois par semaine pour obliger son corps, pour se sentir vivante, en présence d’un grand groupe que seul l’effort rassemble, avec quelques fous rires. Sous la houlette d’un jeune coach, sportif et peintre à ses heures.

Haïku

Renoué en décembre avec cette écriture poétique que je voudrais tenter une fois de plus au quotidien durant un an. Une contrainte pour écrire l’événement essentiel de la journée ou l’émotion fugace, le ressenti (senryû), avec photo (haïsha) de préférence. Une sorte de mémoire…

Ile aux chiens

Le film de Wes Anderson que je vais voir un soir de janvier, seule, laissant à la maison fille et petits-fils… Comme ils auraient aimé pourtant cette histoire de chiens bannis de la société, qu’un garçon et une jeune fille tentent de sauver de leur extinction programmée, mais en VO, non. J’ai culpabilisé les premières secondes du film, installée dans le fauteuil confortable, entourée de spectateurs silencieux, et puis j’ai savouré la détente, le plaisir d’être seule au milieu du monde.

Jour J

C’est amusant comme les Jours J ponctuent mes carnets. Un tampon pour les événements majeurs de ma vie et je m’étonne d’en vivre encore !

Kahn

Albert, le célèbre mécène et fondateur des Archives de la Planète, qui ressurgit après des années d’oubli alors que je réouvre un de mes multiples carnets… Celui de l’Irlande en 2000, et de cette histoire entamée dans les pas de Mesdemoiselles Mignon et Mespoulet, qui avait fait l’objet d’un livre – 73 clichés pour Monsieur Albert Kahn – et de nombreuses manifestations en France et ailleurs. Un chantier de nouveau au programme pour l’année 2020.

Légende

Celle du pontias, vent de montagne, spécifique à la ville de Nyons, que l’évêque saint Césaire au VIe siècle emprisonna dans son gant avant de le déverser ici, et qui vaut à la ville son climat  particulier. Il était question pour moi d’écrire le texte support d’un spectacle de marionnettes. Et puis, le pontias a emporté l’idée, j’imagine…

Mallorca

Découverte de l’île avec maman et les deux sistras. Vadrouille pour une semaine de détente, là où George Sand un hiver de 1842 fit un séjour avec Frédéric Chopin (récit plutôt indigeste pour x raisons). Côte est, celle des criques, la mer déchaînée par la tempête de la semaine précédente, les photos quotidiennes du ciel au lever du jour, les deux livres avalés, la terre ocre rouge, les  moulins à vent, le shopping à Portocristo, le spa je ne sais plus où, la visite de Palma, la plongée dans les grottes Del Hams, la chute de Muriel pour clore le séjour…

Noël

A qui dire que je pleure le soir de Noël ? Avec trois petits-enfants éparpillés dans différents coins du monde… Le Québec, La Réunion… Et que les choix de mes filles ne font que refléter ceux que j’ai pris dans ma vie, sans me soucier d’elles et de leurs peines…

Nuit d’écriture 

Une première, envisagée il y a longtemps et concrétisée ce week-end du 31 mai au 1er juin.  Avec la participation de 10 personnes à un stage sur le mont Lozère, dans un hameau superbe et un gîte accueillant, autour de l’intime, de l’Eros. Une traversée de la nuit accompagnée de nourritures terrestres, histoire de tenir de 19 h à 5 h le lendemain. Dans l’émotion, les rires, les larmes. On se dit qu’on recommencera.

Opus incertum

Ce que nous ne déciderons pas pour notre jardin partagé, avec Alexandre, mon voisin citadin venu au jardinage, et sa petite famille. Des allées plutôt rectilignes, des bacs à fleurs, à herbes, à plantes, en bois de palette comme le composteur qu’il vient de construire en toute discrétion. Un jardin nettoyé, qui n’attend plus que le fumier avant le printemps et les premiers semis.

Petits-enfants

Souleymane (6 ans) et Sacha (3 ans) débarqués à Marseille le 11 janvier, avec leur maman. Deux petits gars pleins de vie. La première réflexion de l’aîné « c’était un très long voyage », et comme je l’ai aimé de l’avoir fait ce voyage pour venir me voir ! Eux qui ne connaissent que la douceur du temps avec 20°C en moyenne, se colleter aux 2°C de ce jour-là était tout de même quelque chose. Engoncés dans les bonnets, les gants, les anoraks… d’emblée, les contraintes… Pauvres chéris. Et de surcroît coincés dans un appartement de 80 m2… eux qui vivent dans la nature. Avec en plus, rien à faire dans le coin qui soit du goût de ces tout-petits. Bref. Impression d’un grand ratage qui aura duré une semaine. Jamais autant espéré leur visite, jamais autant apprécié le calme après leur passage. J’apprends à cette occasion qu’en Belgique, on appelle les petits-enfants les
« chicouf » Chic ! Quand ils arrivent. Ouf ! Quand ils repartent.

Et le premier petit-fils… qui me dit « je t’aime » à la fin de ses mails. Il a quatorze ans. Justin. Mon petit Québécois.

Quotidien

J’essaie de le mettre en place à partir de février, ayant pris la décision de ne plus me partager entre deux pays, deux lieux de vie. Envie de m’ancrer dans mon nouvel environnement, d’y créer des liens, de construire ma vie autour de mes préoccupations, vitales, essentielles. Décidée à arpenter la ville, ses ruelles et ses rues, sa promenade le long de la digue, à connaître ses boutiques, ses marchés, ses cafés, à m’inventer des habitudes. Déjà le pont roman et l’Eygues ont changé de couleur dans le froid du matin. Ils m’apprivoiseront à toutes les saisons.

Retrouvailles

Celles que nous décidons avec D., chaque mois ou presque, autour d’une exposition, d’un musée, de la découverte d’une ville, une journée hors de notre quotidien respectif, pour le seul plaisir de l’amitié et se fabriquer des souvenirs. 

Stage

Stage d’écriture en février, pour couper l’hiver et la solitude, à Grattegals, Saint-Laurent-de-Trèves, dans le magnifique moulin de Monique. La neige empêche Anne de descendre depuis le causse ; nous nous serrons dans le gîte, le café et les rires  nous tiennent chaud. Le thème de ce week-end : le temps (et bien sûr, pas la météo…). Mon support essentiel pour les images : Cy Twombly et les deux volumes du catalogue de l’expo 2011 à la Collection Lambert, à Avignon, intitulés Le temps retrouvé Cy Twombly photographe et artistes invités. Et mes propositions issues de la réflexion sur quelques-unes des œuvres présentées.

Travaux

Ceux de la cuisine, après le dégât des eaux qui m’occupe quelques mois. Heureusement que je peux compter sur A. et F., mes gentils voisins, pour finalement installer de nouveaux meubles et un beau carrelage au lieu de ce minable parquet  flottant gris. Un peu de jeunesse dans cet appartement vieillot. Même si j’opte dans le couloir pour des carreaux imitant l’ancien… Mais un bel ancien, je trouve !

Ultralibéralisme

En plein dedans encore cette année. Avec des bavures de plus en plus suspectes, des violences, de l’indifférence, du mépris, des révoltes. Je n’écoute plus la radio, ou si rarement. Je trie les infos sur le net. Mais je ne peux échapper à ce qui fait le buzz sur les réseaux sociaux, surtout quand ceux qui relaient sont des gens de confiance. Alors je prends des coups dans le ventre et des balles dans les yeux. Je signe toutes les pétitions, je me sens inutile.

Valise

Impression de l’avoir enfin posée quelque part, ici, dans mon nouveau chez-moi. Prête à la remplir pour partir à l’autre bout du monde toutefois. 

Week-end

À Sigonce en mars pour un atelier avec Patrick Laupin. Redécouverte de la rencontre qu’initie l’écriture en atelier, de ma difficulté à écrire en groupe, sous la contrainte de temps, sur des propositions qui réclament de se dévoiler – au moins c’est ainsi que je les comprends. Et larguée dans la nature à la fin du week-end, avec toutes mes émotions.

Xstel

Mon abréviation pour Chrystel, une des participantes à mes ateliers d’écriture depuis une dizaine d’années. Celle qui me relance, conteste, réclame, revendique ; à laquelle je prête définitivement Le courage des oiseaux, de Patrick Laupin, pour son travail de psychologue auprès d’enfants. Celle pour qui j’ai poursuivi les ateliers malgré la distance, parce que son discours, je le partage. « Il y a l’émulation du groupe qui pousse à écrire et il y a le lien social que génère ce groupe. Ce n’est tout de même pas pour rien si ça dure depuis si longtemps et si personne ne veut lâcher ! Et ça, c’est quelque chose qui dépasse l’écriture selon moi, qui est presque plus fort que l’écriture. On n’apprend pas ça dans le DU ??? » Chère Chrystel…

You

You, toi, du (allein), tú, tu, 你, なんじ… Confidentiel. Caché. Clandestin.

Zen

Oh ! Les discussions avec Arabèle qui me visite en juillet. A vivre tout simplement. N’est-ce pas ? 

 Marlen Sauvage



12 commentaires sur “2019 de A à Z

  1. J’adore l’idée de l’abécédaire de l’année. Une sorte de cahier intime classé par émotions et événements. Merci pour ce cadeau personnel et qui cependant concerne tout le monde. L’avez-vous écrit au fil des mois ou dans les derniers jours de décembre ?

    1. @Domi Amouroux J’ai extrait de mes « carnets des jours » (une série un peu délaissée ces derniers mois) les événements de l’année que je jugeais majeurs… ils datent donc de décembre, j’en ai parfois revisités certains. Merci de votre appréciation !

    1. @claudeenuset J’ai dû m’arrêter, faire des choix… il n’y a que Noël que j’ai ajouté au dernier moment ! Mais j’aurais envie de l’enrichir ou de démarrer mes « carnets des jours » 2020 directement sur ce mode. Merci Claude, pour ton regard et tes souhaits. A toi je souhaite le meilleur, sincèrement. Je t’embrasse.

  2. Première lecture de ce matin ….oh !!!! Merci. Marlen …..sourire, petites larmes, et main dans la main je pars en balade avec toi …… Tu veux bien????

  3. Quelle bonne idée ! A chacun de t’imiter. Je me suis baladee avec bonheur et émotions dans tes textes. Admirative vraiment. Merci, Marlen.

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