« Et c’est l’humain qui nous trahit »

Il y a longtemps que je voulais parler de ce petit livre publié par Erwan Gabory aux Editions fort rêveur en 2018… Monté page après page, au Népal, sur du papier fait main, c’est le genre de petit livre qu’on peut ouvrir à volonté, soit dit en passant, sans qu’une seule page ne se fasse la malle ! Ce recueil de fragments raconte finalement le plus ordinaire (en tout cas c’est ainsi que je l’ai lu) – la traversée d’une dépression après une rupture, ce que ça vient réveiller, tout ce dont on prend conscience : l’ego défoncé, le miracle des larmes, la crainte d’aimer encore, notre place infime dans le cosmos – mais avec élégance, avec la pudeur de qui a survécu, par le biais d’un « nous » qui finit par entraîner l’adhésion. Extraits.

« Nous, les vieilles âmes, sommes dévouées à l’amour. L’absolu est son intensité, l’ultime sa finalité. Non ! Puisqu’il n’y a pas de dessein. Si, parce qu’il est enflammé. Passionnées, nous nous offrons intégralement. Si l’amitié est faite de respirations, l’amour est notre poumon. » (…)

« Dans la collision des êtres, du corps, de ses fluides, les énergies se mêlent. La peau pétrit la chair, secoue, éveille. Le sexe se métamorphose et s’ouvre en fleur à respirer. La bouche se fait abeille. Les caresses frémissent et bientôt chancèlent les échafaudages. L’érotisme nous accouche frêles, déchire, comme on déshabille, la pudeur pour lessiver notre couche cérébrale. » (…)

« Et c’est l’humain qui nous trahit. La vie se charge de nous réveiller. Un shoot en pleine poitrine, une flèche, une naissance après un avortement. C’est la séparation, la cassure avec l’autre qui faisait que nous étions un, l’occasion de se reposer les bonnes questions A l’absolu succède le désenchantement. Nous planions sereines dans notre destin. » (…)

« A présent, nous aimons à un niveau supérieur, respectant la distance de la braise et du glaçon. Notre ambition n’est plus que d’être là à s’embrasser dans nos imperfections qui demeurent. Remises comme propulsées, un plaisir ultime nous recouvre. On partage la joie d’être un seul et même cœur, dans un mouvement sensuel. » (…)

« Quand on se pose pour regarder l’illusion du temps : avons-nous parcouru un an, dix, une génération, une rupture, un deuil, un drame, la leçon est toujours la même, les écueils diffèrent. La conclusion est que nous nous relevons. Une certitude est que nous doutons et nous choisissons nos enseignements. Nous cherchons un équilibre pérenne pour atteindre ce qui nous dépasse. » (…)

Erwan Gabory, Nous les vieilles âmes, Editions fort rêveur, 2018.

2 commentaires sur “« Et c’est l’humain qui nous trahit »

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