Carnet des jours – Confinement #3

Photo : Marlen Sauvage

Jeudi, jour de marché, munie de mon appareil photo et de mon autorisation de sortie, me voilà sous un grand ciel bleu généreux dans les ruelles de la ville (ainsi que la photo ne l’atteste pas…) ; sur la place des Arcades, une femme tire un panier à roulettes, deux hommes discutent brièvement à distance respectable (ces voix qui sonnent, qu’est-ce que ça fait du bien !) ; je grimpe jusqu’à la place de la mairie où se tiennent les forains ; toujours peu de monde dehors – et c’est un euphémisme –, quelques passants se promènent parmi les étals ; il n’y a pas de quoi pavoiser, ce n’est pas aujourd’hui que les marchands feront recette si tant est qu’ils parviennent à se rembourser leur déplacement. Une policière sympathique m’arrête, précisant que je peux réutiliser la même autorisation en barrant la date – pour préserver les arbres me dit-elle – mais dix minutes plus tard, son collègue insiste pour voir mon papier de sortie bien que j’aie parlé du précédent contrôle…, sourires… cela suffira – avec un geste de la policière toutefois. Le zèle m’insupporte quand même… Dans mon panier, quatre fromages de chèvre secs et demi-secs, achetés chez le producteur qui descend chaque semaine de la montagne près de Dieulefit ; une petite courge butternut et un fenouil, puis à un autre stand, de l’ail des ours que je prépare en rentrant suivant la recette de la vendeuse-ramasseuse ; je vous la donne, c’est très vite fait et délicieux pour accompagner pâtes (non je n’ai pas dévalisé les étagères des supermarchés), poisson ou viande grillé.e. (je n’en mange plus guère) : pour 100 g d’ail des ours, 200 g d’huile d’olive, un peu de sel, mixer le tout dans un blender et mettre en pot, se conserve plusieurs mois hors du réfrigérateur (je conseille d’équeuter les feuilles). J’écourte ma promenade contrariée par le deuxième contrôle policier et je ne bougerai d’ailleurs pas dans l’après-midi malgré le grand soleil…

Comme nos préoccupations pour l’entourage diffèrent selon nos activités, alors que je pensais plutôt aux personnes âgées et/ou malades et/ou en fin de vie, Prêle, la quarantaine, longtemps conseillère en économie sociale et familiale, me parle des enfants maltraités, peu choyés, ou avec qui les parents ne sont pas bienveillants, et pour lesquels l’école est une échappatoire, un bol d’air… Pas de quoi remonter vraiment le moral donc, mais ne nous voilons pas la face sous prétexte de rester optimistes « dans la conjoncture actuelle »… Pour ma pomme, tout va bien. J’ai de quoi m’occuper, lire, écrire, « généalogiser », une radio si vraiment j’ai besoin de voix, et je suis les initiatives poétiques et drolatiques de certains « amis » sur les réseaux, ce qui est un vrai rempart contre le pessimisme et la bêtise. Allez ici par exemple ; il y en a d’autres. Mais j’avoue que ce troisième jour a été dur, et que la perspective d’en passer de longs autres me demandera sans doute davantage de méditation, de retour intérieur, ainsi que me le conseille une amie, pour ne pas être trop polluée par les « bad news » nationales et internationales… 

MS

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