Carnet des jours – Confinement #4

Appels, nouvelles, mails, messages divers… présence lointaine des amis… Une matinée à la fenêtre, seuls pigeons et tourterelles sont de sortie. Vidéos, lecture, réseaux sociaux, les heures passent jusqu’à 11 h où – joie ! – un appel de La Réunion me sort de mes cogitations. Julie me raconte le confinement de sa petite famille dans les Hauts. Heureusement installés là, dans une grande maison, avec deux petits gars intrépides, jamais à court d’initiatives débordantes d’imagination… En ce moment, ils construisent un château dont j’ai oublié le nom avec le mobilier de jardin, tout va bien.

Nous parlons… Insuffisance des moyens sanitaires, « il n’y a même pas 80 lits dans toute l’île », immaturité de nombreuses personnes qui n’ont pas envie de changer leurs habitudes et sortent sur le marché forain, ne respectent pas les distances de sécurité… « Le Réunionnais est têtu », rappelle Willy, qui sait de quoi il parle… [Aux nouvelles de ce matin, samedi, ils ne sont pas les seuls si j’en crois le journal de France Inter relatant les déplacements en groupe, encore nombreux, à Paris notamment…] L’analyse de Julie : « on a connu le « chik » et la dengue et la dengue a causé tellement de dégâts humains, on se dit que ça va nous passer dessus. » Pour oublier le temps, elle nettoie les murs intérieurs de la maison, une occupation annuelle ceci étant. Je me dis que je devrais en prendre de la graine. Elle fait du vélo d’appartement sur sa véranda… Encore un truc que je devrais refaire… mais je n’ai pas de véranda, pas même un balcon. Elle m’y incite : « Tu ouvres grand tes fenêtres. Le cerveau croit assez vite qu’il est dehors ! ». Eclats de rire. 

Visite à B. et P. sur la route du recyclage des bouteilles… Pas d’embrassades. Je porte à manger à leurs poules. Donne le biberon au chaton récupéré dans les poubelles une dizaine de jours auparavant. Admire le nettoyage extérieur et le rangement printanier de l’atelier… Nous devisons au soleil. Comme c’est bon ! Julien doit rentrer du Vietnam très prochainement… C’est le principal sujet de notre discussion. Quand je repars en direction de la ville, arrêt au rond-point par la police municipale, je ne peux m’empêcher de lâcher au policier aimable qui s’approche « Je ne peux pas mettre un pied dehors sans me faire alpaguer ! » – « Ce qui prouve que nous faisons notre boulot ». Et tac ! Mais alors que je sors le papier ad hoc, il me laisse partir en me saluant d’un « Je vous fais confiance, c’est une attestation sur l’honneur ». L’honneur ! Oui. Une valeur oubliée, moquée, souvent. Parmi mes achats, hormis la nourriture pour le chat, j’ai craqué pour du chocolat, des gâteaux, de la brioche vendéenne, de la guimauve à l’ancienne. Et j’ai bien sûr oublié la lessive qui était le deuxième motif de mon déplacement…

Skype en soirée avec Monique, ses travaux à Grattegals – la chanceuse ! Même si l’entretien extérieur demande de l’énergie –, l’écriture de son roman, ses recherches aux archives, interrompues par le coronavirus, les conférences reportées à l’automne… Et puis avec Stéphanie, ma Québécoise – j’aurais eu mes deux filles aujourd’hui, quel bonheur ! Elle me raconte le point presse quotidien avec le Directeur de la santé publique (Horacio Arruda), médecin, donnant des consignes sanitaires et des renseignements sur la maladie, accompagné de madame McCann, ministre de la santé et des services sociaux.
Bien qu’elle ne porte pas le gouvernement dans son cœur, « Trump-light » me dit-elle, elle en reconnaît la transparence en ces temps troublés, avec en l’occurrence ces deux individus qui ne sont jamais sur la défensive ni condescendants avec les journalistes, et acceptent de ne pas avoir toutes les réponses pour les rapporter le lendemain… Là aussi, la population (les plus vieux, semble-t-il) n’en fait qu’à sa tête ! A 85 ans, on peut bien mourir du coronavirus… Soit. Mais peut-être pas le refiler aux autres ? Elle me raconte encore le festival de peinture dont elle s’occupe – un des rares qui rémunère ses artistes… – qui n’aura évidemment pas lieu, et pour lequel heureusement les commanditaires ont renoncé à leur investissement pour le reporter sur la prochaine manifestation. Un autre exemple de solidarité.

Texte et photos : MS

2 commentaires sur “Carnet des jours – Confinement #4

  1. Merci pour ce partage, c’est toujours un plaisir de te lire. As-tu reçu le mail que je t’ai envoyé en début d’année?

Répondre à Barathieu Hélène Annuler la réponse.

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s