Carnet des jours – Confinement #7

Photo : Marlen Sauvage

« Ce n’est pas le doute qui rend fou, c’est la certitude. » Nietszche

Quatre appels téléphoniques pour ponctuer une longue journée également (et heureusement) entrecoupée d’une visite à la clinique vétérinaire, à 40 minutes d’ici… Marcher vite, courir presque jusqu’à la voiture stationnée sur la place, s’y engouffrer, l’autorisation de sortie à portée de main, l’appareil photo sur le siège voisin, et très vite cette sensation de liberté, intense, plus encore que d’habitude, à rouler dans la campagne, traverser les patelins, regarder tout dans le détail, à vitesse réduite, sans personne sur la route, personne à croiser, personne à suivre, juste soi à 9 h 45, dans le temps gris, avec une nature reverdie ces derniers jours – à croire que je suis restée enfermée des semaines, mais non, deux jours seulement vraiment confinée – des arbres en fleurs, des fermes et des habitations qui ponctuent le chemin, mais personne, seul un chien aboie quand je passe à proximité d’un portail, puis le silence, la vie comme un écho au Mur invisible de Marlen Haushofer, c’est ça, je suis seule dans un monde silencieux, où chacun reste cloîtré entre ses murs, étrange ivresse de revivre au dehors, alors que le temps tourne – je dois me présenter à 11 h précises, l’assistante ne reçoit que sur rendez-vous –, obligée d’appuyer un peu sur l’accélérateur, un Pôle Santé désert, seule une dame et son chat dans son panier fermé attendent devant la porte, « elle va vous appeler, elle vous voit », c’est ce que dit en effet le panonceau à l’entrée de la clinique – respectez la distance de sécurité entre vous – deux minutes plus tard, j’entre, me lave les mains au gel hydroalcoolique à la demande de mon interlocutrice – je viens de le faire dans ma voiture mais je m’exécute –, la seringue m’attend, règlement, et je repars, plus lentement encore sur la route qu’à l’aller, repérant des détails incongrus, des graffiti déjà remarqués, mais personne aujourd’hui ne m’empêche de rouler à mon rythme, de faire un demi-tour, de me garer un peu à l’arrache devant un stop, de traverser pour photographier cette déclaration d’amour orange, personne, alors je prends mon temps, je le savoure, me penche par-dessus le pont de pierre, j’aurais envie d’un coin de mousse pour m’y étendre, aucun arbre proche à étreindre, mais je respire l’odeur de l’herbe tous yeux fermés, avant de reprendre le cours de la vie vers le confinement.

« Ce n’est pas le doute qui rend fou, c’est la certitude. » France Culture en voiture, et cet aphorisme extrait d’Ecce homo qui m’accompagne depuis mes dix-huit ans. Tourné et retourné tant de fois dans mes pensées alors que je me demandais si ce n’était pas l’inverse justement, le doute, qui rendrait fou… Comme je n’ai entendu que des parties de l’intervention de Dorian Astor, spécialiste de Nietzsche, durant cet aller-retour, j’ai réécouté l’émission le soir. Je vous la recommande. C’est là, passionnant. Et comme il est beaucoup question de Hamlet, je le relirai aussi ce soir sans doute.
« Le monde est un théâtre… que se passe-t-il si on va voir derrière les coulisses ? » questionne Dorian Astor. De circonstance, non ?

MS

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s