Carnet des jours – Confinement #10

Photo : Marlen Sauvage

Je m’aperçois aujourd’hui que les jours n’ont plus de nom, mais seulement un chiffre lié au confinement, pour moi.
J’essaie de satisfaire chaque matin à mon rituel d’écriture du journal de la veille, je lis mes mails, m’attarde à la lecture d’autres journaux, passe quelques coups de fil… Mais tout cela me demande de plus en plus de temps ! Grand soleil et ciel bleu. Le jour où rentre du Vietnam après deux mois de bourlingue un neveu confiné là-bas durant les derniers jours avec d’autres Européens, son vol retour ayant été annulé, et après bien des rebondissements, un autre restauré dans l’après-midi. Pour la première fois depuis le début de cette drôle de période, je déjeune en silence, sans radio, sans documentaire, sans film, les yeux vers le ciel où s’accumulent les nuages, ce matin la montagne était blanche de givre (ou de neige ?), mais tout a fondu, des oiseaux volètent en couple de cheminée en cheminée. Ma mère, à Guérande, me disait qu’aux alentours de minuit, debout sur son balcon, elle entendait comme jamais les mouettes et les goélands. La colère gronde toujours, j’entends celle de ma chère Prêle, qui rejoint celle-ci, sur le site Entre les lignes entre les mots. Comme le temps s’étire et que resurgissent de vieux démons, je me décide à aller marcher le long de la rivière en fin d’après-midi, quelques promeneurs, les plus jeunes ne croisent pas mon regard, mais deux dames poursuivent leur discussion l’une sur un balcon, l’autre en bas, avec de grands signes qui me réconfortent, elles acceptent que je prenne une photo ; sur le chemin du retour, encore des gens qui devisent d’un balcon à l’autre… Alors que je rebrousse chemin, un homme voyant mon appareil photo m’indique des nuages lenticulaires et nous retournons sur nos pas, à bonne distance, pour poursuivre durant une vingtaine de minutes une conversation amicale que nous n’aurions sans doute pas partagée en temps « normal ». C’est cela aussi que me dit le confinement, ce besoin vital d’échanger, entre inconnus, loin de toute ambiguïté, de dire notre colère (encore !) contre ceux qui nous gouvernent et n’ont pas pris la mesure de la situation quand ils pouvaient le faire, et je mets le lien ici vers le site de Thierry Crouzet, dont je partage questionnements et réflexions…

MS

2 commentaires sur “Carnet des jours – Confinement #10

  1. parallèles.. même pour le neveu, dans mon cas c’était Djakarta … et les échanges aimables de loin (avec gens de mon âge c’est vrai, qui est plus grand que le vôtre – sourire)

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