Journal du confinement J-18

Photo : Marlen Sauvage

Réveil à 5 h. Dans le silence du quartier. Je guette le bruit de la voiture municipale à brosses et à balais. Et je réalise qu’elle ne passe pas, plus, depuis le début du confinement, et puis je n’en sais plus rien finalement. A cette heure-ci ma tête n’est pas prise dans un étau. Je m’étais avancée hier matin, trop heureuse de cette sensation de fraîcheur après plusieurs jours de mal de crâne intense, clouée dans un lit. La douleur avait réapparu vers midi pour ne plus me quitter jusqu’à la venue de la nuit. Un ami énergéticien a travaillé pour moi, je ne m’aventure pas trop, mais sans doute il m’aura fait du bien. J’aime le croire. Fantasmer, imaginer, intellectualiser, théoriser, idéer, projeter, espérer, désirer… à chercher des synonymes de rêver, deux heures ont passé, traversées par la pensée de tenter le dernier exercice de sophrologie envoyé par P., de ce que j’aimerais pouvoir faire aujourd’hui – trier toutes les photos dispersées dans des boîtes en carton déplacées dans le salon un jour où j’allais mieux –, lire un peu, écouter de la musique… Jacqueline Du Pré – Jacqueline’s Tears – m’a accompagnée quelques soirs et hier comme la douleur s’était estompée, j’ai découvert quelques titres des années 50, et un chanteur oublié, Perry Como, à la belle voix de crooner, qui valait bien celle de Sinatra (c’est un peu guimauve, mais j’aime bien). Ecouté une dizaine de minutes François Bon dans sa lecture de Bartleby, le copiste, un de mes livres de chevet pendant des années, puis Gwen Denieul encore avec ce texte que Michaux avait écrit pour sa femme disparue accidentellement, qui m’émeut cruellement, Nous deux encore, et pour finir Un tout petit cheval de et par Henri Michaux…
Long coup de fil de S. cet après-midi depuis l’île de Groix, qui me parle de son prochain livre. Joie de l’entendre. Trente cas sur l’île depuis le début du confinement (>2200 habitants), mais rien du confinement tel que nous le connaissons, même si les sentiers côtiers restent interdits. Heureusement nous avons d’autres sujets de conversation qui nous retiennent une heure jusqu’à épuisement de la batterie de son téléphone. A côté de ça, malgré la migraine revenue, j’ai quand même fait quelque chose de ma journée, rangé, classé, ce qui veut dire aussi replongé dans de vieux souvenirs, comme il m’est toujours impossible de trier les courriers sans les relire…
Et pendant que ces derniers jours se déroulaient entre deux mondes, Luis Sepulveda est mort, j’en ai pleuré. Je ne sais plus où j’ai lu ceci « Mais loin d’être un peintre naïf, jouant habilement sur la corde des émotions, comme on a pu le lui reprocher, Luis Sepulveda, mort le 16 avril, à Oviedo, en Espagne, à l’âge de 70 ans, était d’abord un militant de gauche à l’engagement chevillé au corps et à la plume. « Raconter, c’est résister », se plaisait-il à dire, en reprenant la devise de l’écrivain brésilien Joao Guimaraes Rosa. »

MS

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