Petits bonheurs (133)

Un texte de Mireille Rouvière

Assise dans mon fauteuil, de la fenêtre je peux l’observer se balancer au gré du vent. Elle se tient bien droite. J’ai peur, elle paraît si fragile sur sa longue tige grêle. Le vent, ce matin, risquerait de la plier en deux, toute son énergie vitale bloquée par la cassure de ses fines fibres la ferait s’éteindre pour l’éternité. Elle est si jolie à regarder. Sa couleur est unique, elle a mélangé de l’alizarine cramoisi souligné d’une pointe d’auréoline. Elle connaît la peinture à l’aquarelle : elle a ajouté la quantité d’eau nécessaire aux pigments pour obtenir ce rose qui approche la couleur fuchsia. Elle aime se mettre en valeur, elle sait que la couleur verte est la complémentaire du rouge, elle en profite en plaçant son feuillage en arrière-plan et semble vouloir nous faire croire qu’elle se rapproche. Elle a une forme originale, des trompettes couleur de lait translucide satiné couronnées de pétales d’un rose intense. Elle est délicate dans son bercement. Elle paraît irréelle, magique, insaisissable. Un rayon de soleil vient auréoler sa robe féerique. Elle s’épanouit abritée du grand noyer, on dit que sommeiller dans l’ombre de son houppier est dangereux, elle, elle ne le craint pas. J’irai me promener dans le jardin et je la regarderai vivre et osciller dans la brise légère. J’aimerais lui parler de sa beauté et du plaisir qu’elle me donne. Les vibrations et l’intonation de ma voix pourront-elles l’atteindre ? Aurai-je une réponse ?

 Texte et photo : Mireille Rouvière

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