Carnet des jours (41)

Mercredi – jour de notre rencontre hebdomadaire de bricolage avec la sœurette –, rendez-vous chez elle en fin d’après-midi pour échapper à la canicule, où B. m’annonce dès mon arrivée avoir la charge de distribuer le journal municipal. Tout chaud sorti de l’imprimante il n’attend que notre bonne volonté pour être lu. Qu’à cela ne tienne, nous le distribuerons ensemble. Nous voilà parties, liste en main, 63 noms, 63 « feux » à trouver dans trois quartiers différents. Dans le plus proche, nous déambulons à pied sous une chaleur assommante, bien décidées à nous activer pour profiter de notre petite après-midi. Tout n’est pourtant pas évident, des numéros se cachent derrière les murs ou les boîtes à lettres, mais une courte question ici ou là et le tour est finalement joué. Pour les autres quartiers, il faudra prendre la voiture et c’est en haut du vieux village que nous nous dirigeons, non sans repérer les foyers concernés par le petit journal, le long de la route. Beaucoup de maisons secondaires, des touristes… 

L’une conduit, l’autre lit la liste, repère les numéros, descend déposer la revue dans la boîte et remonte tandis que la première raye consciencieusement un nom après l’autre. La chaleur sévit toujours, une quarantaine de degrés dans l’habitacle, nous n’avons pas pris d’eau. Mais nous retrouvons un morceau d’enfance à arpenter ainsi cette nature accablée de soleil, nos errances dans la campagne, à pied, par les étés blancs de chaleur, pour rejoindre un village ou un autre, marcher dans la garrigue, nous inventer des rôles et des noms… Aucune évocation de cela entre nous, mais nos fous rires à toute occasion racontent quelque chose de cette complicité enfantine. Les descentes et les remontées ont raison de mes hanches, heureusement, c’est un bonheur de laisser la voiture sur un coin d’herbe pour chercher à pied dans le village les demeures des uns et des autres. La rue de l’ermite nous donnera du fil à retordre, on nous a parlé d’un rocher et d’un fil électrique comme éléments de repérage de l’adresse à trouver, nous ne la trouverons jamais. En revanche, un joli potager médiéval, au prunier chargé de fruits, aux herbes agencées dans un espace enclos, face à la vallée… des escaliers de pierre, des fenêtres ouvrant sur le vide, une ancienne fenière encombrée aujourd’hui d’outils divers, des arches, des portes cachées sous des voûtes, des poulies perchées, sous un ciel magnifiquement bleu. La vue sur la vallée est un cadeau pour les yeux. Je pense à Abbas Kiarostami et Au travers des oliviers en surprenant la balade de trois promeneurs le long d’une oliveraie. Il nous aura fallu trois heures et demie pour finalement distribuer la totalité des journaux, sauf deux, caresser un chien ici, discuter avec un monsieur charmant à l’accent outre-atlantique, affronter quelques abeilles réfugiées dans une boîte à lettres, embarquer à l’arrière de la voiture deux marcheurs lourdement chargés, paumés dans la montagne du Flachet – notre dernier quartier –, avant de s’attabler aux alentours de 21 h devant une salade de tomates du jardin, complètement épuisées par notre sortie imprévue…

Marlen Sauvage

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