Mon jardin de curé, Mireille Rouvière

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 J’ouvre le portail et j’avance en posant délicatement mes pas sur l’herbe mouillée de rosée du chemin, mais attention à ne pas marcher sur la grenouille rousse qui m’attend chaque matin. Surprise par son bond inattendu, moi comme un pantin désarticulé je finis par sursauter. Un jour je l’ai observée alors qu’elle avalait une grosse limace. Elle était statique seul ses gros yeux suivaient mes mouvements et me priaient de ne pas la déranger. Les perles d’eau reposant sur les ombelles épanouies révèlent un jardin enchanté. Prendre le temps d’admirer et de remercier toute cette belle nature. Inspirer, expirer, fermer les yeux et les rouvrir avec un nouveau regard. Pourtant tout ce labeur n’a pas été fait en vain, il va être temps de cueillir les cucurbitacées : pâtissons, potimarrons, butternuts, courgettes rondes ou longues, les courges n’ont pas encore mis leur couleur d’automne, elles patienteront. Les poireaux dressent leurs feuilles effilées de toute leur hauteur et semblent me dire : regarde au petit matin comme nous sommes fiers et vois comme les nuances du vert au violet sont éclatantes. Il faudra les butter afin que le blanc s’allonge. Les salades dépassent tout ce monde. Elles ont voulu se hisser si haut que leurs feuilles en sont devenues insignifiantes. Les oignons encore bien verts ne sont pas près de céder  leur parure, il faudra les y aider sinon nous n’en n’aurons pas pour cet hiver. Au frôlement les œillets d’Inde, plantes utiles au potager, se sont mis à exhaler leur odeur. Je suis toujours surprise par leur réactivité. Les haricots jaunissent, ils se sont épuisés à donner leurs belles et tendres gousses. Il faudra les arracher. Les basilics ont été atteints de gigantisme cette année ; que de bonnes soupes et de bonnes salades ils ont parfumées, eux attendront le gel pour terminer leur course. Les deux tournesols plantés un peu tard commencent juste à montrer leur corolle jaune, ils sont les soleils de mon jardin. Pourtant ils me tournent le dos et orientés vers l’Est ils attendent le grand astre. Ils apportent l’énergie nécessaire à toute cette basse-cour. Les tomates mûrissent difficilement, peut-être les ramasserons-nous vertes. Les choux continueront de se pommeler, il peuvent se réjouir, nous ne les cueillerons que plus tard. Les marguerites gardent encore quelques blanches pétales. Les nouveaux venus les Calamintha grandiflora resteront en place et passeront l’hiver en compagnie du romarin, de la sauge et de l’oseille. La rhubarbe nous invite à cueillir ses dernières feuilles pour enfin hiverner. Les framboisiers, cassissiers et groseilliers finissent de perdre leur parure. C’est bientôt l’automne une belle saison pour mon jardin planté à mille trois cinquante mètres d’altitude. Il est encore plein de couleurs et de vie et cet amoncellement de fruits et légumes me rappelle les saisons de Gisueppe Arcimboldo.

Texte : Mireille Rouvière

Ce texte a été écrit par Mireille Rouvière, fidèle participante des Ateliers du déluge, pour le Club de Mediapart cet été 2020, et publié ici. La proposition était de décrire un lieu aimé en lien avec une œuvre d’art, une sorte de diptyque où l’un et l’autre se feraient écho en toute subjectivité. C’est ainsi en tout cas que j’ai compris la proposition. Marlen Sauvage

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