La dédicace, Monique Fraissinet

En préambule à ce texte que m’envoie Monique, je voudrais dire ma joie de voir publié son livre sur les écoles primaires de Lozère. Monique y a travaillé plusieurs années, elle l’a poursuivi avec ténacité et finalement terminé depuis que les ateliers d’écriture – dont elle était une participante assidue – ont cessé avec le deuxième confinement. Ce qui me conforte dans l’idée que l’atelier n’est qu’un lieu de passage, un endroit depuis lequel on donne un grand coup de pied dans ses peurs pour oser écrire par soi-même. MS

©Monique Fraissinet

Elle marche à contre-sens des badauds, avec à la main, un panier d’osier d’où débordent de grandes et fraîches feuilles vertes de blettes qu’elle vient sans doute d’acheter au marché. Elle jette un coup d’œil vers moi, avance la tête vers ceux qui sont devant la table de dédicace, lance une affirmation, quelques mots à qui les entendra « on en parle dans tout Florac ». L. qui passe par là, prend les mots au vol, me regarde et lance à son tour « ça ferait un titre de livre !», je cueille ce que je viens d’entendre, j’ouvre le cahier rouge posé sur la table et note pour ne pas l’oublier, il sonne bigrement bien. On en parle dans tout Florac ! Les rumeurs courent, se faufilent, s’accrochent, se déforment, se reforment, s’effilochent, se taisent, repartent à la moindre étincelle, au moindre son des voix qui les propagent. Il y celles qui courent vite, celles qui font qu’on prend le temps de s’arrêter pour s’aviser et savoir si la rumeur est bien la vérité. Celle-ci en est une qui me va droit au cœur. L. m’a servi ce titre sur un plateau. Son sourire complice, ses yeux rieurs, le son agréable de sa voix, et je nous revois devant nos propositions d’écriture, la tête en l’air, la tête entre les mains, des bruits de pages, des cliquetis de stylos comme pour amorcer l’inspiration, des soupirs, des silences ou pas. S. se lance, elle n’est jamais à court d’idées. M. les épaules couvertes de multiples couches de vêtements dans des tons allant du rose pâle au violet plus soutenu – elle a toujours froid –  réfléchit d’abord,  construit dans sa tête. A. se déplace, va se mettre dans un fauteuil sous la véranda. Dans la cuisine, C. a préparé des « tartes à tout ». D’autres moins enthousiastes à écrire – mais ça va venir en mangeant – se laissent aller à la gourmandise. Puis chacune s’assied, se jette sur le clavier ou le stylo, les minutes se pressent, la sonnerie de Skype retentit, c’est déjà l’heure, par écran interposé nous allons lire notre production. Qui veut lire ? A. commence toujours ses propos par un soupir prolongé qui laisserait entendre qu’elle n’a pas su faire alors que ses textes sont toujours excellents. Chacune se lance, écoute les retours de M. Trois heures quasiment se sont écoulées, entretemps la nuit est tombée, les voitures quittent le parking. 

Aujourd’hui, je suis sur la place du marché pour trois heures de dédicace. La pile de livres prévue est épuisée, heureusement j’en ai laissé quelques-uns dans ma voiture pour reconstituer le stock. Il est midi, seuls deux volumes sont sur la table.

Monique Fraissinet

3 commentaires sur “La dédicace, Monique Fraissinet

  1. Merci Monique pour ce beau livre très bien documenté et très riche sur l’histoire de l’école publique…
    Nostalgie et agréables petits clins d’oeil sur nos ateliers d’écriture.
    Merci Marlen pour tout.

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