Carnet des jours (47), hier à Aubres

Concert à Aubres, hier soir, avec trois artistes généreux, un accordéoniste (Daniel Mille), un violoncelliste (Eric Longsworth) et une poétesse, Sabine Venaruzzo, à la voix ensorcelante (elle est aussi chanteuse lyrique). « Faire sens, faire lien », c’est leur leitmotiv. « Osez l’écrire, osez le dire, osez le chanter », leur invitation à la fin du spectacle sur le thème de la liberté, pour ce concert qui tourne en Drôme. Financé par le ministère de la Culture, ainsi que l’a rappelé Pascale, la manageuse : « si l’on regarde notre feuille de salaire, à la fin du mois, on constate que ce n’est vraiment pas grand-chose, mais quand on voit avec quoi on repart dans le cœur, on se dit que ça vaut le coup ».

Au lieu des 80 personnes attendues dans le vieux village d’Aubres, ce sont 120 femmes, hommes, enfants qui ont rejoint la petite place venteuse. Une heure d’évasion, de musique complice, de mélopées nostalgiques, d’envolées syncopées, sur laquelle la voix de Sabine venait se poser.

Ci-dessous, un extrait du texte Et maintenant, j’attends, entendu hier soir, que l’auteure a dédié à Khojali, jeune soudanais rencontré à l’église de Vintimille, et à Marc Alexandre Oho-Bambé.

« Je suis né dans un rouge paysage
Parfumé d’entrailles et de poussières
Où les balles se fondent dans les corps
Où les enfants jouent aux billes de plomb

Et maintenant, j’attends

J’ai écrit dans mes mains le nom de ma mère
Juste sous mon pied le jour de ma naissance
Et j’ai marché sur les chemins d’espérance
Tenu les mots qui se perdent dans le vent

Et maintenant, j’attends

J’ai quitté mon frère à la seconde où
Je suis parti sans le choix de rester
J’ai offert ma force au désert de sang
Pour chercher l’or au centre de la terre

Et maintenant, j’attends

J’ai sauté par-dessus une frontière
Dans un éclat de rire j’ai crié
Me voici l’oiseau de la liberté
Mais déjà les ailes se dérobaient

Et maintenant, j’attends

Que s’effacent les souvenirs d’un trait
Que mon corps s’allège de mon histoire
Pour que la vague m’emmène loin loin
Juste de l’autre côté du miroir

Et maintenant, j’attends

J’ai caché mon corps dans la blanche écume
Retenu des mains et des pieds sans tête
Mais ne pouvais secourir l’autre moi
La mort fauchait sans faille les plus faibles

Et maintenant, j’attends

(…)
Extrait de Et maintenant, j’attends, Sabine Venarruzo, éditions de l’Aigrette.

Et nous sommes restés nombreux à déguster les produits locaux discutant ici et là sur les bancs de bois, découvrant de nouvelles têtes, nous promettant de nous revoir… La nuit est tombée sans prévenir, je suis restée avec la petite équipe municipale pour donner un coup de main, ranger les bancs, les tables, applaudissant ma petite sistra, organisatrice de l’événement… Et je suis repartie des mots plein la tête, et le cœur en joie.

MS

2 commentaires sur “Carnet des jours (47), hier à Aubres

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s