Carnet des jours (54)

© Marlen Sauvage 2016 Mes carnets, ma mémoire…

Journal de février 2022

Semaine 1
Batsiraï : un nom de bataille pour un cyclone annoncé comme le plus violent depuis quatre ou cinq ans sur l’île. [Après une recherche, j’apprends que Batsiraï est un prénom féminin qui signifie « help » en shona, une langue bantoue !] Alerte orange et préparatifs (achat d’eau en bouteille, de bougies, de provisions de bouche). La visite au MADOI (musée d’arts décoratifs de l’océan Indien) est un échec, les portes sont fermées, bien sûr… En revanche sur la côte ouest où se rendent nos voisins vacanciers pour une visite à Kélonia, le musée des tortues, pas de souci, et aucun signe avant-coureur du cyclone. Nous attendons le dernier moment pour refermer la porte de notre gîte qui donne sur une terrasse. Et après l’alerte rouge, nous nous confinons dans l’attente du passage du météore, prévu entre 3 h et 4 h du matin. Sommeil entrecoupé de longues écoutes du dehors, quelques coups de vent, jusqu’à un calme bien plat à 4 h précisément. Le calme avant la tempête ? Que nenni ! Nous serions presque déçus ! Mais les nouvelles matinales rapportent que le cyclone stagne à quelque 200 km des côtes, qu’il a touché toutes les communes de l’île quasiment privées d’eau et/ou d’électricité pendant une partie de la nuit puis de la journée [certaines maisons seront privées d’eau et d’électricité tout près de « chez nous » durant plus d’une semaine], abattu branches et arbres sur quelques routes, submergé les radiers et que la route du littoral qui mène à l’aéroport entre autres, a été coupée, assaillie par des vagues de dix à douze mètres de hauteur… C’est dans l’après-midi du jeudi 3 que les éléments se déchaînent (la queue du cyclone !), les arbres alentour dansent de tous leurs fruits vite jetés à terre, le bananier se ploie et finalement garde ses régimes en place à ma grande joie.
Balade à Saint-Pierre, la capitale du sud de l’île. Le marché a quelque peu réduit sa superficie, en raison du cyclone probablement. Achat de vinaigre de mangue, d’huile de massage, de tubes en verre pour conserver la vanille bleue…

© Marlen Sauvage 2022

Semaine 2
Deux jours à Salazie, Hell-Bourg, tout est raconté ici, en passant par la Plaine des Palmistes. Je poursuis les séances chez la kiné. Il fait toujours aussi chaud… et humide, ce qui ne contribue pas à guérir la fameuse capsulite… Souleyman s’éclate au rugby pendant que nous devisons à l’ombre d’un arbre… Balades dans la forêt de l’Etang-Salé, avec vue sur l’océan Indien. Et pour l’anniversaire de Julie, repas au Jade d’Or, à Saint-Pierre, dans un décor hétéroclite de tôle, de béton et de plantes tropicales ! Et quel repas ! Ma fille aux yeux verts est resplendissante et belle comme un cœur… 

© Marlen Sauvage 2022 – Au large de Saint-Pierre.

Nous terminons la semaine (samedi) par une balade dans la forêt des Makes où la chance nous sourit puisque nous apercevons le cirque de Cilaos dans un déchirement de nuage somptueux. Et le dimanche nous partons dès 5 h vers le Piton de la Fournaise, par 23 °C. Malheureusement, le temps se gâte à l’approche du volcan, un pick-up a le nez dans la falaise… ce qui n’est guère rassurant, et nous arrivons au Pas de Bellecombe deux heures plus tard par pluie, vent et brouillard et… 12 °C. La plaine des sables, lunaire, reste saisissante d’étrangeté.

© Guy Castelly 2022 – La plaine des Sables.

Semaine 3
Dernière visite chez le toubib, 30 séances supplémentaires de kiné ; test antigénique annulé ; et retour à l’aéroport Roland-Garros à 15 h 30 mercredi pour rendre la voiture. J’ai beaucoup pensé à ce départ, regrettant mes maladresses, de n’avoir pas fait ou dit ceci ou cela, de m’être réfugiée dans ma coquille régulièrement tant j’ai apprivoisé ma solitude et tant elle me nourrit… Durant ce quasi trimestre, rien ne m’a manqué de ma vie en métropole… même l’extinction subite de mon ordinateur ne m’a pas contrariée… Je savais tout retrouver, sans doute. Dans le bilan de mes activités, rien d’extraordinaire : j’ai écrit, j’ai lu, me suis peu baladée en raison des circonstances, ai donc pris peu de photos MAIS j’ai profité de mes petits-enfants, deux garçons adorables de 7 et 9 ans, joyeux et beaux comme la vie, découvert leurs centres d’intérêt, voire leurs passions, leurs inquiétudes ; immergée dans la vie de ma fille, j’ai vécu à un rythme différent du mien, fait connaissance avec ses ami.e.s, ses relations, pris le temps d’observer la nature autour de moi, découvert de nouvelles fleurs, plantes, arbres et oiseaux, écouté de la musique maloya, discuté de la lente disparition de la langue créole avec mon gendre, l’ai regardé battre avec patience les mangues vertes pour le rougail, appris énormément sur la vie des premiers habitants de cette île au XVIIe siècle… 
Et il a bien fallu monter dans l’avion, atterrir à Marseille par 6 ou 7 °C, retrouver le chemin de Nyons…

Semaine 4
Se remettre dans ses habitudes quotidiennes demande un peu de temps. Ai-je envie d’ailleurs de les reprendre telles qu’avant ? Je termine le livre de Sylvie Germain, Les échos du silence, et cette longue réflexion sur le silence de Dieu (que l’on appelle bien comme on le souhaite) fait écho justement à quelques-unes de mes interrogations, exacerbées durant mon séjour réunionnais.

MS

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