La source de la dame brune

C’était la promenade du dimanche de Pâques, à plus de trente kilomètres de Nyons, puisque nous en avions le droit sans justificatif ! Au col d’Aleyrac, sur la droite, une petite route digne de celles que l’on trouve en Lozère, descend jusqu’à Notre-Dame la Brune, ou ce qu’il en reste : les ruines– classées monument historique – d’une ancienne abbaye de religieuses bénédictines où coule une source sacrée. Au Moyen-Age, me dit Nadia, les pèlerins venaient y prendre l’eau pour se soigner les yeux.

Notre-Dame la Brune – Façade ouest

Je n’avais qu’une hâte, me diriger vers la source où, dit-on, une entité bienveillante se tient et vous accueille ! Prêle à laquelle j’avais parlé de ma visite me demanda de la visualiser en train de s’y baigner… J’ai dû l’imaginer en miniature, c’est le moins que je puisse dire… La source, une grande flaque… Mais je me suis recueillie dans ce lieu où se sont succédé tant de pèlerins, captant dans les dessins du soleil sur les murs l’image d’un vieux barbu tout aussi bienveillant que la dame brune.

Quelques offrandes de part et d’autre de la source, ainsi que des pierres peintes dans les niches des murs de l’abbaye… Quelques bougies, un mot, des ex-voto… 

Et une stèle indéchiffrable – enfin, je n’ai pas dit mon dernier mot – comme une présence entre ces murs à ciel ouvert.

MS

Une vie en éclats (19)

Marlen Sauvage, archives personnelles. A droite, sur la photo, en tenue de zouave, donc au Maroc…

Au 1er décembre 1948, tu te trouves à Ouezzane (Maroc) depuis le 17 novembre. « Ouezzane est une petite ville qui peut compter environ trente mille habitants dont une centaine de Français, expliques-tu, comme vous voyez c’est peu. C’est un peu plus agréable que El Hajeb, mais bien moins sain. C’est la région du paludisme… » Tu  n’as jamais souffert de cette maladie… autant que je sache. A 200 m d’altitude au lieu de 1300, il fait aussi beaucoup plus chaud. 

Ici, tu occupes un poste de vaguemestre, « bien différent cependant de celui de El Hajeb où il était un peu moins compliqué, mais je m’en sors bien quand même. » Tu m’avais parlé de ce premier travail de facteur finalement, où tu assurais le service postal de toute la garnison, dans un camp immense précisais-tu en énumérant les services à desservir : Génie, Subsistances, Economat, Transmissions etc. Tout à pied ! soit 15 à 20 kilomètres. 

Une de tes sœurs travaille à l’émaillage (Jacqueline)… On comprend que dans le précédent courrier que tu as reçu de tes parents, ta mère n’avait pas écrit… Tu insistes « et maman, je pense quelle va bien aussi, je serais très content si elle pouvait mettre un petit mot dans votre prochaine lettre. »… En fait dans cette lettre, tu t’adresses à ton père : « j’ai pris connaissance de l’annonce que tu m’as fait parvenir et qui semble intéressante pour toi puisque tu es quand même spécialisé dans plusieurs branches et qu’on demande un outilleur » [voir « Une vie en éclats » (18)]. Il semble que ton père te faisait confiance pour le renseigner, voire l’aider éventuellement, ce que tu ne peux faire de là où tu te trouves, puisqu’il s’agit d’une annonce à Strasbourg, précises-tu encore… En revanche, ce père ne laissait pas de place à ta mère dans une lettre que tu devais pourtant attendre… Je me demande si ton père ne te jalousait pas, sachant la place que tu occupais dans le cœur de ta mère, ou plutôt s’il ne jalousait pas ta mère.

Et je me demande bien, regardant cette photo, comment peut bien tenir ce calot…

MS

NB : La raison de cette histoire se trouve ici

Une vie en éclats (18)

Marlen Sauvage, archives personnelles. Quelque part au Maroc…

J’ai bien sûr classé il y a longtemps les lettres qui me sont parvenues, de 1944 à 1953… Pour 44, alors que tu pars t’engager le 15 octobre, j’ai retrouvé 7 lettres ; 12 pour 1945 ; 2 pour 1947 ; 4 pour 1948 ; 11 pour 1951 ; 4 pour 1952 et 7 pour 1953… Parmi ces lettres, celle qui suit, sans enveloppe et qui t’est adressée le 28 novembre 1948. Depuis 10 jours exactement, votre bataillon s’est déplacé à Ouezzane, au nord-ouest du Maroc.

« Cher E,

Nous nous empressons de répondre à ta lettre que nous avons reçue ce matin en même temps que ton colis intact ce qui nous a fait plaisir. Cela changera un peu l’ordinaire, nous sommes allés à B. dimanche voir M. et A. qui a été blessé au doigt en nettoyant son métier ce qui nécessite un arrêt de travail de 3 semaines à 1 mois. Nous avons trouvé leur petite N. changée c’est une belle grosse fille et bien sage. M. a repris son travail depuis lundi dernier à part la blessure d’A. tout va bien. Nous avons eu la visite d’Alphonsine et de Paulette hier. Elles te donnent bien le bonjour ainsi que grand-père et grand-mère qui sont venus nous voir par ici la situation est toujours sans grand changement. Les grèves qui se terminent d’autres qui recommencent mais tout se passe dans le calme. Nous sommes contents de ta photo qui nous fait penser qu’il fait meilleur là-bas qu’au C. car nous avons déjà endossé la tenue d’hiver depuis longtemps. (…) que tu seras changé quand tu recevras notre lettre, tu nous dis que le temps te semble un peu long bien sûr mais 8 mois ce sera encore vite passé. »

Cette lettre qui est un brouillon me semble être de la main de mon grand-père. Je connais l’écriture de ma grand-mère, ce n’est pas celle-ci, et elle écrivait à « son fils ». Ce qui me surprend, c’est ce que je lis plus bas, écrit au crayon de bois
« Maroc import Société
recherche pour création objet et transformation tôle fine 4 contremaîtres dont un outilleur écrire avec curri vitae Higlor-Maroc (?) 75 allée Roberleare Strasbourg »

et à l’encre violette (comme la lettre)
« suite à votre annonce parue dans Ce soir du 17 courant… »
J’ignore si mon grand-père a eu l’idée de partir à Strasbourg pour travailler… Il était ajusteur-fraiseur.

MS

NB : La raison de cette histoire se trouve ici

Amsterdam, longtemps après !

Guitare : Didier Sauvage Voix : Marlen Sauvage Enregistrement : Stan Sakell

Une version d’Amsterdam où Didier Sauvage m’accompagne à la guitare…
Reprise en janvier dernier après de nombreuses années sans chanter et jouer ensemble.
C’est imparfait, mais enfin, voilà, juste pour le plaisir du partage !
En attendant une suite à « Une vie en éclats »…

MS